Entracte

Posté par Helene Lecuyer le 9 juin 2009

lovebombay.bmpCelà n’étonnera guère. Mes derniers jours en Inde se déroulent au milieu de 9 déménageurs, 2 bonnes, 1 repasseur, 3 techniciens es air conditionnés qui errent de pièce en pièce avec leur échelle, le chauffeur qui vient régulièrement vérifier la bonne progression de l’emballage, les agents immobiliers traînant derrière eux leurs troupeaux de hollandais-honk-kongais-suédois-NRI (les fameux indiens friqués rentrés au pays) et dont je me demande comment ils peuvent se faire une idée d’un appartement encombré de cartons, beaucoup de corneilles guettant notre déguarpissage de leur territoire, les livreurs de cadeaux d’adieu les plus divers (magnifique jeu d’échec aux personnages maharajesques, plus douteux krishna enfant jouant de la flûte), une sourde et muette venue retoucher quelques peintures craquelées, une souris que l’agitation a débusqué de son nid habituel, le tapissier venu rafistoler nos chaises avant le grand départ…

Bref, je ne suis pas isolée, et peut-être que dans quelques semaines, dans le silence de ma maison française, les coups de sonnette me manqueront. Ceux des klaxons. La radio qui crépite les derniers airs bollywood dans la cuisine, sans couvrir les babillages en hindi d’Anita et Flavia. Peut-être même la chaleur, la poussière, l’agitation incessante. Sûrement oui les couleurs des saris des passantes, oranges, jaunes, rouges, verts flamboyants, les enfants qui tambourinent aux carreaux de ma voiture, les crachats de paan - ah non, à la réflexion, pas ça - les chèvres gambadant entre deux étals de marché, oui tout me manquera.

J’avais prévu de vous raconter comment en 4 années mon quartier avait changé. Comment on pouvait y consommer toujours plus luxueusement, mais comment, au fond, c’était toujours pareil, pour les plus pauvres, ceux qui ne peuvent toujours pas s’offrir de maison. Je n’ai plus l’énergie, ce soir. Peut-être que celà, je l’écrirai de France, et qu’alors, avec mon coeur, avec mon âme, je serai encore un peu à Bombay.

Évidemment, c’est toujours au dernier moment qu’on réalise ce qu’on n’a pas fait. Il a fallu qu’aujourd’hui, enfin, je me décide à graver sur CD et faire imprimer des photos de l’ange bouclé, pour les bonnes qui l’adorent et qui me réclament des photos depuis sa naissance ! Que je réalise que ça revient vraiment moins cher qu’en France. Que je passe la soirée à regarder 4 années de nos vies sur l’écran plat de mon ordinateur. Et je me dis que vraiment, l’Inde a été un pays où on a été heureux.

Merci d’avoir lu nos aventures indiennes. J’avais encore beaucoup d’histoires. Peut-être dans quelques semaines, quelques mois, plongerai-je dans mes souvenirs, à défaut des eaux de la Manche qui sont décidément beaucoup trop froides -en plus on y trouve des puces d’eau. Peut-être, alors, continuerai-je à rêver de l’Inde, à en parler, et à l’écrire. 

A bientôt.

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Qui veut mes bean bags ?

Posté par Helene Lecuyer le 29 mai 2009

beanbag1.jpgJ'ai été taguée. Ne pas comprendre que le mystérieux vendeur de sacs de haricots, celui qui tague son numéro de téléphone en rouge à travers tout Bombay a utilisé mon humble personne comme support publicitaire.

Non, j'ai été taguée sur la blogosphère, par une renarde. J'en soupire d'aise. C'est une notion que j'ignorais il y a une semaine encore, mais chaque jour qui passe nous permet de progresser sur la voie de l'élévation intellectuelle, j'ai bien observé comment faisaient les autres blogueuses, et je dois répondre à des questions. Comme une interview de Bombay Magic, quoi … (soupir d'aise)

(Apparemment, si on ne répond pas au Tag, on a un gage. En l'occurrence, devoir porter le sarouel. Personnellement, je ne me sens pas très menacée. Qui donc viendra jusque Bombay pour me faire porter un sarouel ? Qui même, brisera sa tirelire pour me l'offrir et payer les frais de port ? Qui remarquera mon sarouel au milieu des saris, Salwar Kameez et autres pantalons de pêcheur des touristes routards ? Mais qu'à celà ne tienne, trop contente de recevoir un tag qui circule parmi les blogs de modes, les blogs branchés, j'obtempère)

 

Qu'est-ce qui t'obsède ? Mes obsessions à Bombay se succèdent et s'oublient. Elles sont la preuve que l'être humain s'adapte à tout. Dans un premier temps, j'ai été obsédée par les corneilles. Les corneilles sont partout. Elles me guettent, elles m'espionnent, elles commèrent en des cris gutturaux, elles volent ma nourriture, se désaltèrent dans mon verre de “Fresh lime soda” au Breach Candy Club, elles envoient leurs déjections, ô horreur, précisément dans le creux de mes seins, juste au dessus du noeud de mon soutien-gorge Chantal Thomas, dans mon décolleté. Parfois même, elles frôlent mes cheveux dans un battement d'aile digne du piqué d'un avion japonais dans cette série en noir et blanc de notre enfance (vous vous souvenez, les américains abandonnés dans des îles philipines, comment ça s'appelait ?)

Ensuite, je suis passée aux pigeons. Les pigeons ont deux gros défauts. Le premier, c'est qu'en grattant le toit de leurs petites pattes dès le soleil pointé, ils réveillent l'ange bouclé (au passage, il n'a plus de boucle depuis que je lui ai coupé les cheveux), qui du coup, me réveille et me prive d'une grasse matinée dominicale méritée. Le deuxième, c'est qu'ils se sont appropriés ma terrasse, une fort jolie terrasse, vaste, d'où on aperçoit un bout de mer d'Arabie entre deux immeubles décrépis. Ma terrasse, c'est écuries d'Augias et rocher de Sysiphe mélangés. Tous les matins, il faut frotter, gratter, nettoyer, arroser à grande eau, et une heure après, on peut recommencer. Avant de s'asseoir, il faut toujours vérifier l'état de la chaise, on prend le soleil au milieu des plumes qui volettent, car toujours, les plumes de pigeons volètent sur ma terrasse, parfois même il s'agit d'ailes, ou de pigeon presque complet en état de décomposition avancée. Il y a eu des semaines où nous retrouvions un pigeon mort sur la terrasse tous les matins. Peut-être aurions-nous dû appeler le centre de contrôle de la grippe aviaire (rassurez-vous, je crois que la contagion par lecture de blog interposée est impossible), d'ailleurs, je me me rappelle qu'à une époque, il y a 4 ans, j'étais obsédée par la grippe aviaire, rapport aux pigeons et aux corneilles. Et que j'avais expliqué à mon laveur de carreaux (qui gratte les cacas de pigeons 2 fois par mois) que je voulais qu'il se désinfecte soigneusement les mains après chaque séance de nettoyage. Ce à quoi ma bonne avait répondu: “Qu'est-ce que ça peut vous faire ? Il ne touche pas à vos affaires.” J'étais donc obsédée par les pigeons et je cherchais par tous les moyens à m'en débarrasser. J'ai appelé Pest Control of India et ses concurrents, j'ai étudié les piques plantées sur les appui-fenêtre d'appartements voisins, j'ai fait des recherches sur Internet sur les appareils censés éloigner les pigeons à grand renfort d'ultra-sons, d'infra-rouges, et j'en passe. J'ai fini par commander aux Etats Unis des ballons épouvantails très efficaces d'après les témoignages postés sur le site, je ne les ai jamais reçus et curieusement mon obsession m'est passée, j'ai renoncé à me servir de ma terrasse.hajiali1.jpg

Ma toute récente obsession (un an), ce sont les antennes relais plantées sur le toit d'en face, elles sont au nombre de 4 et elles sont exactement à hauteur de mon salon, orientée vers mon salon, à une distance que j'estime à 25 mètres tout au plus. J'en ai parlé aux voisins, et même au dentiste installé dans ce fameux immeuble, tout le monde pense qu'en Inde, on a d'autres chats à fouetter. J'ai marché le nez en l'air, pour constater que les plus mal lotis du quartier, ce sont les employés du Haji Ali Juice Center.

 Quelle est ton obsession la plus étrange ? Je vais peut-être en rester là, vous ne croyez pas ?

Que portes-tu aujourd'hui et que mangeras-tu ce soir ? Je ne mangerai pas ce que je porte, même si j'ai une nièce qui vend, entre autres, des culottes qui se mangent et que j'ai lu il y a quelques jours dans le journal que l'Icrisat (International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics) a récemment mis au point des couverts à base de sorghum (nom local, Jowar), couverts qui se mangent donc. Il parait que c'est pour créer un marché pour le sorghum dont les valeurs nutritives seraient sous-estimées et qui a l'avantage d'avoir besoin de peu d'eau pour pousser. Ceci étant, créer des couverts comestibles dans un pays où la nourriture se consomme habituellement avec les doigts, c'est un concept. 

 Quelle est la dernière chose que tu as achetée ?Des mangues! Des mangues! Des mangues! Toute la maisonnée se gave de mangues. Il parait que c'est un fruit plein de vitamine D. Il parait aussi qu'une mangue c'est 150 calories mais qui compte ? En Inde, c'est la saison des mangues, saison qui commence doucement (et fort chèrement) en mars et continue jusque la mousson, mais ma bonne m'a dit: Madame, après les premières pluies, il ne faut plus acheter de mangues, elles sont pleines de vers. Les mangues, c'est donc 3 mois de délice par an.

 Qu'écoutes-tu pour l'instant ? Les klaxons. Le choc des camions Tata dont les amortisseurs heurtent les nids de poule dans un bruit d'explosion. Le vendeur de flute (enfin, le type qui passe dans la rue en jouant de la flûte, toujours les mêmes petites notes qui s'égrènent, paisibles)

Quelle est ta glace préféré ? Celle qui fond tout doucement en bas de chez moi. Gros bloc de glace dont la taille s'amenuise de jour en jour, recouvert d'une toile de jute, qu'amène chaque matin, sur une charrette en bois, un boeuf couleur caramel aux yeux suintants et couverts de mouches. Je n'ai jamais trop su s'il s'agissait d'un système de climatisation naturel (le boeuf semble fort aise d'avoir les sabots au frais grâce aux flaques qui se forment sous la charrette) ou si cette glace était réellement destinée à la consommation.

Que penses-tu de la personne qui t'a taguée ? Qu'elle a un blog qui m'impressionne beaucoup parce que souvent, je ne connais rien à ce dont elle parle. Elle a l'air cultivée. En plus, elle écrit comme un critique de Diapason.

 Si on t’offrait une maison n’importe où dans le monde, où voudrais-tu qu’elle soit ? A Sydney, avec vue sur la baie (ou l'opera house, soyons fou). Ou dans les Blue Mountains peut-être. Ou sur une colline dominant l'océan pacifique. Avec des kangourous dans le jardin couvert de rosée, le matin.

Ton must have pour l'été ? Une nounou pour s'occuper tous les jours de l'ange débouclé de 15h à 19h, avis aux personnes intéressées!

Si tu pouvais aller n'importe où dans le monde, dans l'heure qui vient, où irais-tu ? Je resterais ici, il me reste si peu de temps … Parce que, pour tous ceux qui l'ignorent, Bombay Magic va quitter Bombay. Bombay Magic va mettre sa vie dans un container, et l'envoyer voguer sur les flots. Le choc.

Je passe quelle langue voudrais tu apprendre ? (L'Espagnol parce que c'est utile, mais j'aurais bien aimé comprendre l'Hindi pour les john.jpgfilms Bollywood!) Quelle est ta citation préférée? Qui voudrais-tu rencontrer ? (John Abraham - ci-contre-  pour ne pas être en reste avec les copines qui l'ont vu en vrai, ou alors ….. Raymoooond!) Quelle est ta pièce préférée dans ton armoire ? (-) Quelle est ta couleur préférée ? parce que c'est trop long ton tag Foxy, je vais perdre tous mes clients lecteurs.   Ton mannequin préféré ? (ma poupée barbie quand j'avais 8 ans et que sur une impulsion que je ne comprenais pas bien, je déshabillais pour la faire s'allonger nue peau contre peau avec Ken) Si t'avais 100$ à dépenser tout de suite, qu'achèterais-tu ? Ton styliste préféré ? Que considères-tu comme un fashion faux pas ? (enfoncer par mégarde la jambe, et donc le bas du pantalon, dans une bouse de vache sacrée sur les ghats de la rivière elle aussi sacrée à Nashik)  De qui ou de quoi t'inspires-tu pour t'habiller ? (??? Du contenu de mon armoire, du temps, de est-ce que je vais prendre le taxi marcher dans la rue et par conséquent j'ai intérêt à me couvrir si je ne veux pas affoler les foules, de m**** - ma mère m'a demandé de ne plus jurer dans mon blog -, je dois être partie dans 3 minutes et demi je suis toujours pas habillée j'attrape ce qui me tombe sous la main. Mais il y a aussi une triste vérité à avouer. La seule fois où j'ai porté un sari en ayant en tête ma belle et sexy amie Dipika (name not changed) j'avais la même allure que Sonia Gandhi en campagne électorale)

 Le métier de tes rêves ? A quinze ans, je rêvais d'être exploratrice et d'écrire des grands reportages pour Géo. Mais la vérité, c'est que j'aime bien la douche le matin, je suis un peu difficile pour manger, et je n'aime pas quitter trop longtemps l'Homme et les 3 démons. Je rêve d'un métier qui me fait écrire. L'Homme déplore que mon blog ne me rapporte pas d'argent. Vous avez des suggestions ?

Et j'ai vraiment pas le temps de répondre à tout le reste  Décris ton style personnel, Que voudrais-tu voir revenir à la mode ? (Je voudrais bien récupérer mes cuisses de 20 ans et mes seins de 25 ans, ah c'était pas la question ?) Quelle période t'inspire le plus dans la mode ? Quand tu t'habilles par quoi commences-tu ? (Les coréennes commencent par le brushing et le maquillage dans les bains publics, après seulement elles mettent la culotte.)  Quelle est la pièce que tu ne porteras jamais ? Y a t il des pièces qui te plaisent mais que tu n'oserais jamais porter ?

parce que Que vas tu faire après ça ? Je vais courir partout avant d'aller retrouver ma copine Sonya (pas Gandhi) pour déjeuner à Indigo Deli

 Et je refile le tag à Grand Paradi, et à Parismages.com.

PS: Je pense que ça y est, pour mon chauffeur, je suis officiellement folle. Après avoir bloqué tout le trafic pour photographier les pubs Raymond, voilà que je lui ai fait faire 3 fois au ralenti le tour du carrefour d'Haji Ali pour pouvoir prendre un cliché sans bus devant, le summum ayant été je pense le cliché du numéro de téléphone du vendeur de Bean Bag (U-turn Deepak, U-turn, I missed it! Slow down!)

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Prendre un prisonnier par la main… et lui montrer le chemin …

Posté par Helene Lecuyer le 27 mai 2009

nandos.jpgLes 4 hommes ci-contre viennent d'être condamnés à mort. (La photo est visiblement “raccordée” pour les y faire figurer tous les 4). Leur crime ? Santosh, le 3ème à partir de la gauche, chauffeur d'auto-rickshaw de son état, et “self-made-godman”, proposait à ses clients de les enrichir à grand renfort de magie noire. Sous couvert d'accomplir les rituels, il les attirait dans une forêt voisine où, à l'aide de ses complices, il les assassinait sauvagement. Ils auraient fait au moins une dizaine de victimes selon la police, le gain pour chaque opération s'étant élevé de 55000 à 300000 roupies (800 à 4500 euros), ce qui est beaucoup en Inde.

A vrai dire, ce n'est pas vraiment ça qui m'intéresse. Même si bien sûr on peut toujours se questionner sur la validité de la peine de mort, encore fréquemment appliquée ici. Non, ce qui a attiré mon attention ce matin, alors que j'entamais mon bol de céréales, c'est la nature des liens entre ces hommes. Car regardez-bien:

nados2.jpg

 

Alors que les condamnés Yogesh et Mahesh sont enchainés l'un à l'autre par des menottes ….

nandos3.jpg

 ……. le policier tient Yogesh par la main. Les esprits chagrins me diront que peut-être la manche de la chemise de la chemise de Yogesh cache à notre vue la paire de menottes, qui sûrement, doit être là. Mais tout de même, regardez ces deux mains emmêlées, on dirait deux amoureux, ou la main confiante d'un enfant dans celle de sa mère.

Il est très fréquent en Inde de voir les hommes exprimer dans la rue des signes d'affection: main dans la main, bras jeté des épaules, jeunes garçons se tenant par la taille … (Alors que vous ne verrez jamais un couple homme-femme exhiber ce type de comportement dans la rue) A priori il ne faut y voir aucun signe d'homosexualité, bien qu'un ami appartenant au “gay Bombay” m'ait expliqué que dans une société où la séparation entre les sexes est assez stricte, et où l'immigration urbaine fait cohabiter dans la promiscuité des populations essentiellement masculines, les “jeux” entre garçons étaient assez fréquents. (D'ailleurs, un jour que je patientais dans la salle d'attente de Féroz, mon gynécologue bien aimé, j'avais lu une enquête sur la sexualité indienne, et d'après cette enquête, un tiers des jeunes hommes indiens avouaient au moins une expérience homosexuelle).

Mais, tout de même, l'image de ce policier tenant ce condamné à mort par la main: force de l'habitude ? Compassion pour son prisonnier ? Il ya de la tendresse dans cette image, et la certitude plutôt effrayante que je serais montée sans hésitation dans l'auto-rickshaw de ces 4 hommes. Dire même, qu'émoustillée par la perspective d'un bon billet pour ce blog, j'aurais pu les suivre en forêt…

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Mighty Maya

Posté par Helene Lecuyer le 19 mai 2009

elephantstatues.jpgJe voudrais revenir sur cette histoire de folie statuesque de Mayawati (pour les nouveaux lecteurs tombés dans mon blog aujourd'hui seulement, le chef du gouvernement de l'Etat de l'Uttar Pradesh en Inde, leader charismatique, femme, intouchable, et richissime à ce qu'on dit).

Hier soir, j'étais dans le lit, avec l'Homme. Les enfants étaient - enfin - tous couchés. Les stores baissés (mauves à rayures bleues) nous protégeaient des regards extérieurs. L'air conditionné ronronnait, gouttant doucement sur la serviette que je positionne toujours judicieusement à cet effet dans l'espoir de protéger le bois non identifié de ma commode chinoise.

L'Homme était nu sur le lit. Moi, encore habillée. Allongée sur le dos, je lui lisais à haute voix la description du dernier chantier de Maya. Soudainement, j'ai réalisé à quel point c'était follement dingue. “Tu te rends compte, dis, si Sarkozy se faisait ériger des statues grandeur nature (enfin, des plus grandes, mêmes) à travers toute la France ?” Il y en a qui me diront qu'il y a bien le traditionnel portrait du président qui penche à droite, ou à gauche, c'est selon, dans les ministères et les administrations. Mais là, on atteint une autre dimension, il me semble.

Du coup, en bonne blogueuse, j'ai googlé. Quand on commence à entrer Mayawati dans le champ des recherches, Google, très serviable, propose spontanément “Mayawati statue” et il y a 20500 réponses tout de même.

mayawati2.jpgmayawati1.jpgmayawati4.jpglargemayawatiingroupapr1409.jpg

Je n'ai pas eu le courage de toutes les compter, mais elle en a fait sculpter et ériger au moins 10. Avec quelques anecdotes croustillantes: le 2 juin 2008, 45 jours après avoir inauguré sa propre statue, elle l'a fait enlever et remplacer: motif: à la réflexion, elle la trouve trop petite (et notamment plus petite que celle de son mentor, et fondateur du BSP, Kansh Ram). Interrogée sur cette folie statuesque, Mayawati répond qu'elle ne croit pas qu'il soit nécessaire d'attendre le décès des figures iconiques pour les faire passer à la postérité.

Je ne sais pas s'ils passaient en direction de la postérité. 2 fois en 2 jours, alors que, coincée dans les embouteillages, mais bien au frais, je regardais distraitement l'activité au dehors, je me suis trouvée à la hauteur, une fois juste à ma gauche, l'autre fois, juste derrière, de convois funéraires. Le défunt, tout de blanc vêtu, un collier de fleur autour du cou, était allongé sur une charrette à bras, entouré d'une assistance très clairsemée. Un parent, (ami ?) tenait une ombrelle au dessus du corps, le protégeant partiellement des rayons du soleil. C'était ces mêmes charrettes que l'on voit souvent se faufiler au milieu de la circulation, chargée de sacs de plâtres, de ferrailles, de pierres ou de bouteilles. Cette fois-ci, elles emmenaient un corps, dans la même indifférence et agitation générale.

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Le retour du J’ai dit

Posté par Helene Lecuyer le 18 mai 2009

Bombay Magic est de retour après un long silence dû à des temps agités.

(il faut dire que lorsqu'au cours d'une même soirée, Bombay Magic rencontre: un indien qui lui explique qu'il est comme le hamburger par rapport à la frite au Mac Donald, qu'il a la connection du hamburger par rapport à la frite, et une jeune américaine blonde qui lui demande si elle a une ligne, car il parait qu'à Shanghai on trouve les lignes plus facilement qu'à Bombay et que son mari chinois est resté à San Francisco, Bombay Magic est plongée dans une confusion proche de celle de sa boisson dans le “shaker” du sympathique barman.) 

J'avais découpé de nombreux articles sur les élections, préparé des notes … qui tombent un peu à plat maintenant puisque même sur Yahoo France, on peut lire que le Congrès a remporté sa victoire la plus éclatante depuis 1991. Celà rassure très certainement Manmohan Singh (le Premier Ministre en place pour mes lecteurs de la métropole qui ne tiennent pas forcément à jour une liste des dirigeants du monde entier). D'après mon journal, il avait à la veille de l'annonce des résultats commencé à préparer son déménagement hors de la résidence officielle. Je ne sais pas s'il faut y voir un signe d'esprit démocratique (genre, je ne tenais pas ma victoire pour acquise), ou une preuve que les voix indiennes sont si difficiles à comptabiliser que le suspense demeure jusqu'à la dernière minute.

C'est dommage, car j'avais recopié soigneusement des citations de Varun Gandhi (le méchant cousin de Rahul), qui se déclarait près à verser son sang pour ceux qui avaient été battus ou renvoyés à cause de lui, et jurait de se battre jusqu'au bout même s'il devait en être décapité. La politique indienne, parfois, est grandiloquente! J'avais aussi récolté des informations sur la richesse des principales femmes politiques, que je m'apprêtais à vous livrer à prix d'or, puisqu'ici, pour évaluer le patrimoine des personnalités publiques, on pèse le poids de leurs colliers, bagues et autres bracelets: Sonia Gandhi aurait donc pour 2,5 kilos de bijoux en or. Mamata Banerjee (celle qui chassa les usines Nano du Bengale pour les faire tomber dans l'escarcelle de Modi au Gujarat), ne posséderait elle que 9 grammes d'or, aux lobes d'oreille si j'en crois ses photos. Les indiens sont les premiers consommateurs d'or au monde et le patrimoine familial est encore bien souvent investi prioritairement dans les bijoux. (Et les nombreuses chaînes en or dont sont parées les jeunes mariées symbolisaient donc leur part de l'héritage. Il a fallu attendre 2004 et l'amendement de l'Hindu succession act pour que les filles aient exactement les mêmes droits que les fils en matière de succession.)

Tout celà, vous en conviendrez, aurait bien mérité deux billets séparés… mais bloguons frais au lieu de réchauffé!!! Certains chuchotent que la victoire du Congrès est en grande partie imputable au jeune Rahul Gandhi , qui s'est montré infatigable en tournée électorale, et qu'il serait appelé à jouer un rôle majeur d'ici à 2 ans (il aurait décliné un rôle de ministre dans l'immédiat). La flamboyante et très autoritaire Mayawati est une des grandes perdantes de ces élections et ses rêves de Premier Ministrable s'évaporent sous la lourde chaleur des chantiers pharaoniens qu'elle mène à travers tout l'Uttar Pradesh… Amie des dalits (les intouchables) et des architectes, elle a entrepris de construire le plus grand dôme du pays à la gloire de Ambedkar (le père de la constitution indienne et héro des dalits) et son administration a d'ailleurs comparé la construction de ce mémorial à celui du Taj Mahal. La description est bluffante, pas moins de 60 statues d'éléphants, 5 statues de Mayawati dans la splendeur de son Salwar Kamiz rose préféré, 16 statues de marbre blanc, de plus de 5 mètres de haut chacune, des principaux leaders du mouvement dalit… Certains prétendent que de tels travaux ne sont pas étrangers à sa défaite. Enfin, surtout leur coût.

sonampub.bmpaishwaryaraipic020.jpgL'autre nouvelle du moment c'est que Sonam Kapoor est la nouvelle image de L'oréal en Inde. La jeune héroïne de Delhi-6 (face à Abhishek Bachchan) vient d'une famille poids lourd du cinéma Bollywood mais sa carrière est encore toute neuve. Aishwarya, ex-miss univers et épouse du même Abhishek, ambassadrice de la marque depuis plusieurs années déjà, ne verrait pas d'un très bon oeil l'arrivée de ce deuxième “visage”. La blogosphère indienne, et la presse pipeule bruissent et se gaussent des dernières rumeurs: la jolie Aish, dont on voit bien sur la photo à gauche du texte l'air déterminé, serait rentrée dans une colère noire en apprenant que la jeune Sonam voyagerait à Cannes avec elle cette année (les deux stars devaient gravir ensemble les marches lors de la première du film d'Almodovar). Résultat, la marque a dû plier et a annoncé l'annulation du déplacement de Sonam, à ce qu'on dit la pauvre s'en est effondrée de déception! (http://www.fashionratty.com/article/3494a8c470627cd48c56449e167cf7cd). Il va falloir maintenant que je regarde Delhi-6 pour mieux comprendre les dessous de cette affaire. Y a-t-il là simple jalousie professionnelle ou bien jalousie conjugale. Allez, un ragot, un, tout chaud!

 

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Dérangement

Posté par Helene Lecuyer le 5 mai 2009

Mon petit doigt me dit (Laxmi, déesse en titre du temple d'à côté, et une vraie cafteuse), que certains d'entre vous n'en ont pas dormi. Pour eux, voici dès aujourd'hui l'état d'avancement des réparations dans mon appartement. Le technicien en informatique est reparti avec le disque dur de l'ordinateur. Le technicien en air conditionné est reparti avec sous le bras une pièce assez imposante, dont j'ignore le nom et la fonction, mais qui semble apparamment indispensable au démarrage de la bête refroidissante. Le technicien en tuyau est reparti avec les toilettes. Ce qui me vaut aujourd'hui un bleu sur la fesse droite, car à 3 heures du mat, certains réflexes mariés à des envies pressantes mais mal réveillées ont la vie dure.

Mon plogalfione3.bmpmbier n'est pas Houdini. C'est même un menteur. Il n'a jamais tenté d'introduire le bambou dans le moindre tuyau. Le bambou git en bas de l'immeuble, lâchement abandonné. Le plombier est parti - avec mes toilettes on l'a dit - et n'est pas revenu. Je lui laisse le bénéfice du doute. Peut être est il parti chercher Jean Galfione, qui après avoir, à grandes enjambées puissantes, franchi l'obstacle des 14 Mercedes de mon voisin milliardaire Gujarati (je vous ai déjà parlé de lui ?), dans un rétablissement spectaculaire, attérira sur l'appui fenêtre de ma salle de bain, et d'un coup de bambou puissant, pourfendra le coupable tuyau. (Vous noterez au passage l'intéressante marque de bronzage de Jean)

Mon fils Oscar me fait remarquer qu'entre tout ça et le fait que l'ascenseur est hors service (avec 5 étages à grimper dans une cage d'escalier surchauffée, qui a besoin de hot yoga, même avec Zuzana ?), notre appart est de moins en moins classe…

D'autres j'en suis sûre brûlent d'avoir des nouvelles de Raymond. Je suis au regret d'annoncer qu'il est encore une fois très mal habillé cette semaine, avec dans la poche plaquée de sa veste pas moins de deux pochettes, une rose et une bleue … L'effet est vraiment vilain, et une photo vaudrait mieux qu'un long discours, hélas il fait vraiment trop chaud pour autoriser ce déplacement. Une visite sur le site officiel de l'homme accompli hélas me laisse bredouille, mais j'y trouve ce formidable slogan, que je vous laisse méditer:

“After you find a suitable bride, you have to acquire a suitable suit.”

On dira qu'à l'agence de pub, ils avaient une culture littéraire et qu'il s'agit d'une référence à Vikram Seth. Enfin, on espère ….

PS: des lecteurs m'ont fait remarquer que depuis une semaine, mes billets sont de plus en plus superficiels et ne justifient plus une police riquiqui intellectuelle, et que d'ailleurs, on n'apprend plus rien sur mon blog… C'est le mercure … Retour des neurones pour bientôt, c'est promis

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Magie, Magie

Posté par Helene Lecuyer le 4 mai 2009

ajanta2.bmpOn l'a déjà mentionné dans ce blog, en ce moment, à Bombay, il fait chaud. Moins chaud certes que dans le district d'Aurangabad, où les températures ont atteint le niveau record de 46 degrés (une pensée émue pour tous les touristes en train de fondre d'admiration devant les fresques d'Ajanta - voir ci-contre). Mais la hausse des températures, et l'humidité qui va avec, nous indiquent avec certitude que nous avons entamé le joli mois de mai. Même si je reconnais qu'un simple coup d'oeil au calendrier aurait pu suffire…

Mai à Bombay … Mai à Bombay, c'est les vacances. C'est-à-dire que tout le monde a fui. Ou presque. L'avantage, c'est que tout le monde a fui, donc il y a beaucoup moins de circulation, donc de klaxons. Du coup, j'entends à nouveau l'appel de la corneille au petit déjeuner, celle qui nous fixe tous les matins depuis l'appui-fenêtre, l'oeil torve et le bec entrouvert sur l'espoir fou qu'on lui lance quelques pétales de Kellogs Choco Duo. L'inconvénient, c'est que tout le monde a fui, et notamment les ouvriers des divers corps de métier, qui ont transporté le leur, de corps, au village. Or, le mois de mai est un mois riche en travaux.

Il y a d'abord la ville, qu'il faut préparer pour la mousson.

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Si Homère était toujours vivant, et d'ailleurs, si c'est bien lui qui a été réincarné dans la jolie vachette noire tout en bas de chez moi, celle qui mâchouille placidement l'herbe généreusement offerte par les passants en mal de réhabilitation de Karma, il est peut-être en train de ruminer une ré-actualisation du mythe de Sisyphe. Avec dans le rôle de Sisyphe, la BMC (la Ville, pour les parisiens). Et dans le rôle du rocher, le pothole, qui n'a rien à voir avec un réservoir à Hashish, mais qui est un trou, tout simplement. Dans la route.

Tous les ans au mois de mai, la BMC a donc 2 missions, dans une haletante course contre la montre pour battre l'arrivée de la mousson, début juin, d'autant plus que pour conserver le suspens, les travaux ne démarrent jamais avec plus de 6 semaines d'avance: combler les trous de la chaussée, et nettoyer, voire agrandir, les canalisations d'évacuation. C'est une tâche importante, car la ville, mal préparée, peut subir sinon des inondations parfois meurtrières. Tout le monde a encore en mémoire les inondations d'aout 2005, au cours desquelles plus de 1000 personnes perdirent la vie. Sans aller jusque là, ça n'est jamais très agréable de constater que pour se rendre jusqu'à l'étal du marchand de fruit, il faut traverser une route avec de l'eau jusqu'aux chevilles, on m'a raconté des histoires fort peu ragoûtantes d'infections de l'ongle du gros orteil. Alors pourquoi faut-il recommencer chaque année, c'est pour moi un mystère, que certains imputent à la corruption (les entreprises de travaux publics et les officiels de la ville détourneraient une partie des fonds en utilisant des matériaux au rabais, d'où un macadam moins durable), d'autres à la pollution (l'usage des sacs plastiques qui boucheraient les canalisations, entraveraient l'écoulement des rivières, sacs plastiques d'ailleurs officiellement interdits depuis l'automne 2005, bien qu'ils soient toujours en circulation, comme il en va pour beaucoup d'interdictions en Inde sauf peut-être celle de se rouler des pelles sur Marine Drive). Chaque année nous apporte son lot d'anecdotes pittoresques, comme cet été où dans sa précipitation, la BMC avait non seulement rebouché les nids de poule, mais aussi plus de 1000 bouches d'égouts!!! Les toutes premières semaines de juin, les employés de la BMC, munis de détecteurs de métaux, localisaient dans l'urgence ces fameuses bouches, puis cassaient la chaussée pour les dégager. L'Inde est un pays qui développe le sens de l'humour.

La ville se prépare pour la mousson, mais aussi les immeubles. Les échaffaudages poussent tels des bambous sauvages sur les façades, seulement un peu plus ligotés, et les peintres et couvreurs sont fort occupés à imperméabiliser les murs et vérifier les toitures. Celà ne suffit généralement pas à éviter les écoulements d'eau, et il me faut donc bien croire les Indiens qui m'affirment que la mousson est une force irrépressible à laquelle aucune peinture ne résiste plus de 2 ans.

Un apparté pour vous dire qu'à me lire, vous pourriez avoir un visuel de ciel chargé de plomb, de vagues soufflées par le vent frappant violemment le rivage dans de grandes gerbes d'éclaboussures, de raies de pluie rebondissant haut à peine ont elles touché le sol, s'écrasant sur votre crane, vos épaules, vous détrempant dans l'instant. Mais aujourd'hui, pas du tout: c'est juste un peu l'étuve dans l'alcôve qui me sert de bureau, mais le ciel est bien bleu (enfin, de ce bleu brumeux qui fait l'ordinaire de Bombay).

Le mois de mai, enfin, c'est aussi les travaux chez moi. Rien de nouveau, me direz-vous, et vous aurez raison, car les travaux chez moi, c'est tous les mois, et faut-il y voir la conséquence d'un bad karma, je ne le crois pas. C'est la nature de l'Inde, le cycle perpétuel de la réincarnation … ou alors, comme le suggère Suketu Mehta dans son excellent ouvrage: Bombay Maximum City, une stratégie des ouvriers en bâtiment qui réparent provisoirement pour être sûrs de venir souvent. A peine donc avons nous défait les échafaudages, alors que je me réjouissais de pouvoir enfin regarder les fascinantes émissions de TV5 Asie les jambes en l'air sans donner vision directe sur ma culotte à un peintre de l'Utar Pradesh (il reste certes mon mari et mes 3 fils mais ils ont l'habitude et surtout ils ne se tiennent pas debout sur un bambou au 5ème étage), à peine étalai-je dans tout l'appart un déshabillé approprié aux températures locales, à peine donc nous réjouissions nous d'être enfin chez nous que nous lâchèrent successivement en l'espace de 3 jours: toilette, ordinateur, air conditionné.

Mois de mai, souvenez-vous, ouvriers au village, difficulté d'obtenir des réparations. Mais la journée s'annonce bien, 11h35 et déjà 2 corps de métier dans l'appartement.

- Le premier à avoir sonné était un homme jeune, pas très grand, vêtu d'une chemise à carreau. Dans un pet joyeux, il m'annonce qu'il est là pour l'ordinateur (celui des enfants, pas le mien, sinon, je ne pourrais pas écrire ce billet). Pour l'heure, il transpire abondamment, la tête penchée sur une unité centrale éventrée, car hélas, il travaille dans la pièce où la clim a lâché.

- Le binôme suivant est constitué de plombier 2 et plombier 5: il faut dire qu'ils en sont à leurs 4ème visite pour réparer ces toilettes, et que chaque fois, le binôme réparateur mais pas gagnant est composé de bonshommes différents (ce n'est pas lié à leur compétence, semble-t-il, mais à leur départ pour ou arrivée du village.) Les solutions préconisées varient à chaque visite:  le blocage est situé quelques étages plus bas, (je dois dire que je soupçonne fortement les expérimentation de l'ange bouclé avec le jet d'objets dans la cuvette) et ils hésitent entre déclarer ces toilettes condamnées à jamais (”it's going to be very difficult Madam, we might have to break the wall, do you still want to repair it ?”) ou abandonner le tuyau existant à sa triste existence d'embouché et connecter les toilettes à un nouveau tuyau. Entre ces deux solutions radicales, ils amènent aujourd'hui une très longue tige de bambou dont ils pensent se servir pour tenter le débouchage de la dernière chance. Merveilleux bambou aux usages si divers. Mais deux choses m'intriguent: comment vont ils manoeuvrer dans mon appart une tige de bambou de 10 mètres, et surtout comment vont-ils lui faire négocier un angle à 90 degrés afin de l'introduire dans ce fichu tuyau !!!

Mon plombier est-il la réincarnation d'Houdini ???

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Police: retour aux sources

Posté par Helene Lecuyer le 1 mai 2009

Même ma mère, pourtant vraisemblablement la doyenne de mes lecteurs, préfèrait l'ancienne police, nous voici donc de retour à la normale.

Cependant, mon fils Oscar, toujours plein de ressources, surtout en ce qui concerne les nouvelles technologies, me fait remarquer que pour ceux d'entre vous qui utilisent Internet Explorer, il y a tout en bas à droite de l'écran une petite loupe indiquant 100%. Si vous la réglez sur 125%, le confort de lecture est parfait.

Entre temps, je poursuis en secret mes expérimentations avec la police … mais bouclons-là, car pour l'instant, ce n'est pas au point!

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Imposition des mains

Posté par Helene Lecuyer le 1 mai 2009

Nous avons déjà parlé de la meute des blogueurs de Bombay. Les ridules courent, le stock de Nutella a encore fondu, et voilà déjà le temps pour tous les blogbayites (ou les blogbaykars, ça s'est déjà discuté) de livrer leurs pensées les plus intimes sur le sujet du mois: “l'Indien qui m'a le plus touchée.”

Franchement, vous voyez comme ce combat entre blogueurs (nus face à leur clavier pour mieux supporter la chaleur ambiante, les doigts luisants du Ghee dont ils se sont enduits dans l'espoir de taper leur texte encore et toujours plus vite), ce combat donc est inégal ? Faussé dès le départ. Car enfin, les blogbayitesbakars sont très hétéroclites: il y a des hommes et des femmes, des au berceau, des en route pour une décennie inmentionnable, des chargés d'âme d'autres chargés d'affaires, mais surtout, il y a les en ménage et les célibataires.

Heureusement mariée, comment voulez-vous que je vous raconte quel est l'Indien qui m'a le plus touchée ? Je pourrais en inventer un de tous membres, me direz-vous, mais voilà qui irait à l'encontre de l'honnêteté intellectuelle de la blogueuse. Donc, pas d'amant indien à vous mettre sous la langue, pas de récit torride du jour où on s'est fait le pan Sud du temple de Shiva à Eklingji, aucune révélation croustillante et de première main sur mon gourou de yoga tantrique.

Quel indien, alors, m'a le plus touchée ? J'hésite beaucoup, j'avoue, entre Feroz, mon gynécoloque et Janardan, mon masseur. Il fut un temps où Akshay, mon pédicure, aurait été bien placé pour l'emporter, mais depuis qu'il a des verrues sur les doigts, j'ai cessé de le voir.

Feroz: connu comme le loup blanc à travers tout Bombay Sud, ce gynécologue parsi a accouché avec son père 93% des membres de mon club d'octogénaires, leurs filles et même leurs petites-filles. Je vous ai déjà parlé de sa salle d'attente, toujours bondée de pittoresques patientes en état de grossesse plus ou moins avancée. Féroz, que j'ai généralement rencontré allongée sur le dos (c'est un homme pressé qui voit ses patientes déjà déshabillées et installées sur la table d'examen), m'a toujours saluée d'un pincement amical de ma cuisse droite. Depuis qu'il m'a dit: “Push against my finger”, je pense qu'on peut se dire intimes. Feroz cependant n'abuse pas des examens internes, il est d'ailleurs contre la mesure de l'ouverture du col, parce que ça multiplie les risques d'infection nosocomiale.C'est peut-être la raison pour laquelle, entrée à l'hôpital à 2 heures du matin un merveilleux 22 février de l'an de grâce 2007, j'accouchais ce même jour à 12h20 sans péridurale, l'anesthésiste que j'avais fait appeler lorsque la douleur était devenu trop insupportable m'ayant annoncé à 12h03 qu'il était trop tard, que d'ailleurs il voyait déjà la fontanelle de l'ange bouclé (qui ne l'était pas encore). Il parait que depuis mon accouchement, le personnel hospitalier a obtenu la fourniture de boules quies. Mais franchement, qui croira que mes cris vigoureux aient pu couvrir le croâssement des corneilles et les klaxons des taxis ? 

Janardan: masseur privé. Pour 8 euros, dans la fraîche intimité de votre chambre, Janardan vous gratouille les pieds, vous étire les tempes, vous tapote le dos. Vêtu de son uniforme de travail, caleçon long et un marcel blancs, dans les volutes de la bougie qu'il transporte à cet effet, plaquant ses deux paumes sur vos paupières, il souffle dans votre nuque: “Pleazzzzze close your eyeeeeeees.” Et déverse sur vous suffisamment d'huile pour vous rôtir en vue du déjeuner dominical.  Un contact moins intime certes que celui de Feroz, mais plus prolongé et plus étendu. Avantage Janardan.

Il y a aussi ces vieux mendiants courbés en 4, qui vous effleurent les doigts de pieds en vous réclamant quelques roupies. Ce n'est pas à mon honneur mais j'ai horreur d'être touchée par des mendiants. Inconsciemment, je dois craindre qu'ils ne me filent la grippe porcine par contact de peau interposée.

Ah. On vient de m'informer que je ne devais pas prendre le sujet du jour (l'Indien qui m'a le plus touchée, pour ceux qui n'ont pas suivi) au sens littéral.  On en appelait à mes émotions, et non à mes sensations. L'indien qui m'a le plus touchée ? Une vision, qui m'a bouleversée. Je venais d'arriver. A chaque coin de rue, mon coeur remontait à ma gorge à la découverte d'une nouvelle détresse. Je ne pouvais pas rentrer dans un centre commercial, un cinéma, un restaurant chic sans en éprouver un sentiment de désorientation immédiat. Les portants alignant sagement des vêtements dont chacun coûtaient un à deux mois du salaire moyen de ceux qui vivaient à l'extérieur se juxtaposaient avec les frusques que j'avais vues sécher sur les barrières qui courent le long des trottoirs, suspendues à un fil à l'extérieur de bicoques sordides. Les différences de prix, entre mon monde, et leur monde, me donnaient le vertige. En kaléidoscope, les visages entr'aperçus au travers des vitres de ma voiture climatisée se superposaient au sourire aimable de la vendeuse, à la main en attente de la commande du serveur.

Ce jour-là, c'était une journée d'octobre et la chaleur était accablante. Il n'y avait pas d'ombre dans la rue. Freinant à peine, mon chauffeur avait klaxonné pour chasser un enfant, un garçonnet de 7 ou 8 ans, qui avait jailli sur la chaussée. Vêtu d'un T-shirt bleu largement déchiré à l'épaule, l'enfant avait bondi en avant, ramassant dans le caniveau un carton qui à en croire l'inscription avait contenu des boites de jus d'orange. Sans doute avait il plu la nuit d'avant, je ne m'en souviens pas, toujours est-il que le carton avait recueilli un peu d'eau. Ou alors, une des boites de jus d'orange avait fui. L'enfant alors avait élevé le carton au dessus de sa tête. L'avait incliné. Avait penché sa nuque en arrière, et la bouche entrouverte, avait recueilli le filet d'eau douteuse qui s'en écoulait.

Quelques gouttes d'eau bues par un enfant un après-midi d'octobre. Tout un symbole d'une ignoble différence de conditions. Mes enfants à moi buvaient dans un verre, une eau en bouteille, une eau fraiche, vêtus de leurs vêtements propres et repassés (du moins l'étaient-ils le matin, au moment d'être enfilés)

Il y eut d'autres scènes encore, mais je ne fus plus jamais aussi bouleversée. Sans doute est-ce celà qui nous arrive, à nous qui vivons en Inde, et que j'appelle l'endurcissement des coeurs.

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Bombay Magic change de police!

Posté par Helene Lecuyer le 30 avril 2009

L'Homme, ainsi que plusieurs lecteurs ayant atteint ou dépassé une décennie in-mentionnable m'ont fait remarquer que mon blog était écrit fort petit, et était donc difficile à lire …

Soucieuse de garder mes lecteurs, j'ai agrandi … mais je ne suis pas convaincue!!! Je trouvais l'ancienne plus élégante… Qu'en pensez-vous ?

Publié dans Inclassable | 9 Commentaires »

 

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