Bombay, la cité des rêves

Un magazine local l’a récemment affiché au travers de sa couverture, en lettres d’or: « Bombay, la cité des rêves ».

Ce dimanche après-midi, en me rendant au cinéma, j’ai vu une famille entassée sur une natte jaune paille déroulée à même le trottoir. Deux sachets en plastique noir rassemblaient vraisemblablement toutes leurs possessions. Une fillette de 5 ou 6 ans, à la robe trop grande – les vêtements de ces enfants sont souvent ou trop grands, ou trop petits – tirait sur le coude de son père, dans l’intention de le réveiller. Il a ouvert des yeux verts très clairs,  il lui a souri et l’a attirée vers lui, la nichant sous son bras, entre son corps et celui de sa femme endormie. Il y avait dans le geste, le regard de cet homme de la tendresse et j’ai cru y voir oui de l’espoir. Le temps de cette sieste, il avait, serrées contre lui, en sécurité, celles qui comptaient.

J’ai pensé aux rêves de ces milliers de familles qui arrivent chaque jour à Bombay comme vers un mirage, qui s’entassent sur un coin de trottoir, pour y gagner leurs deux repas par jour. Ce qu’ils y trouvent est-il à la hauteur de leurs rêves ?

Beaucoup leur reprochent d’être responsables des problèmes de Bombay. Des amis indiens, qui ne semblent pas sans coeur, m’ont dit: « le problème, ce sont ces gens sans aucune hygiène, ils salissent la ville et font exploser nos infrastructures », « il faudrait interdire aux nouveaux-venus de s’installer à Bombay, à moins qu’ils ne puissent justifier d’un travail », « si les immigrants continuent à arriver chaque jour ainsi, Bombay ne s’en sortira jamais. »

Les journaux ont un terme pour les désigner, les « pavement-dwellers », les habitants des trottoirs. Parfois, ils se font écraser dans leur sommeil, par des voitures dont le conducteur a perdu le contrôle.

 

Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

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Une réponse à “Bombay, la cité des rêves”

  1. Pêche
    22 août 2010 à 0:46 #

    J’ai été témoin du même tableau à Istanbul. J’aurais voulu posséder des milliards pour pouvoir aider tous les nécessiteux que je croisais.

    Apprendre à les oublier aussi tôt qu’ils disparaissaient de ma vue, c’est tout ce que j’ai pu faire.

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