« Cafarnaum »

Ce n’est pas que j’en perde mon orthographe, mais les cafards, ces traites, ont profité de notre absence pour mettre un sacré bazar dans l’appartement. Lorsque nous sommes rentrés ce soir, après un périple somme toute assez épuisant, nous en avons trouvé une trentaine éparpillés sur le dos, en train d’agiter avec plus ou moins d’énergie pattes et antennes. Mais là où les enfants ont commencé à flipper, c’est lorsque nous avons constaté la disparition de certains des-dits cafards: sans doute interrompus dans leur séance de yoga, ils se sont retournés sur le ventre et ont filé vite fait.

Personnellement, j’avais toujours cru qu’à l’instar du nouveau-né, le cafard était incapable de se retourner du dos sur le ventre. Les enfants, terrifiés, ont migré pour la nuit sur le canapé, l’union fait la force. Ils refusent de regagner leur chambre avant le passage de Pest Control of India.   

Où étions-nous donc partis, laissant le champ libre à l’attaque des orthoptères ? (oui car les cafards relèvent de l’ordre des orthoptère, pour une fois que vous apprenez quelque chose dans ce blog !) Nous étions partis à Mysore. Pour ceux qui n’ont jamais vécu en Inde, Mysore se trouve dans l’état du Karnataka, au sud ouest de Bengalore. On m’avait beaucoup vanté les charmes de Mysore, je les ai trouvés j’avoue un peu exagérés.

- C’est vrai, il y a un beau palais, datant du 19ème siècle, avec de forts beaux vitraux et de magnifiques carrelages importés de Grande-Bretagne. On aimerait tous les mêmes pour la rénovation de nos maisons. Le palais héberge quelques éléphants et chameaux, sur lesquels les touristes peuvent monter le temps d’un tour de paté de palais. Evidemment, j’ai accompagné les enfants, ce n’était pas une première mais nous avons fait une découverte scientifique: l’éléphant tremble lorsqu’il défèque.

- On trouve aussi un joli temple au sommet de Chamundi Hill, il parait qu’il serait vieux de plus de 2000 ans. De jolies lumières de toutes les couleurs éclairent le soir les singes qui courent le long des sculptures, ça a un petit côté Tour Eiffel. Et les prêtres, moyennant quelques roupies, sont toujours prêts à bénir la dévote en déposant un peu de poudre rouge dans le creux de son cou, parce qu’il parait que quand la dévote est mariée, c’est le cou qu’il faut toucher. A mi-hauteur de la colline, on trouve un sympathique taureau de pierre, véhicule de Shiva. Il est tout fleuri et semble bonne pâte. A tout hasard, on lui a fait un plateau d’offrandes.

- Enfin, à Mysore, il y a le zoo. Les indiens en général semblent très fiers du zoo de Mysore, et nous ont recommandé chaudement sa visite, « surtout ne ratez pas les girafes ». Hélas, hélas, nous visitâmes le zoo un jour férié de l’état voisin du Kérala. Le zoo était donc envahi de jeunes kéralites (?) dont beaucoup avaient des bonnets pour certains à poils. Ces jeunes hommes du Kerala n’avaient semble-t-il jamais vu d’occidentaux, alors là vous pensez, 5 d’un coup, dont une femme. Je ne saurais donc trop vous dire quels animaux étaient dans ce zoo, car attraction moi-même, je visitais (ou plutôt, fuyais aussi vite que possible dans le sens unique) entourée d’une masse compacte de jeunes gens qui tentaient par tous les moyens et tous les angles de me photographier avec leur téléphone portable.

Que dire encore de Mysore ? Qu’on y mange de fort bonnes Dosa. Que les restaurants ont des salles « réservées aux femmes et à ceux qui les accompagnent » (j’avoue qu’après le zoo j’ai trouvé que c’était assez reposant). Qu’on trouve des consignes amusantes placardées sur les murs: « Entre l’enfer et le casque, il faut choisir », « il est interdit de se laver les mains dans les assiettes ». Que les hommes politiques portent tous des lunettes de soleil sur leurs affiches de campagne.

L’autoroute de Bengalore à Mysore est en bon état et parsemé de « Coffee Day » tous propres et pimpants. Je ne sais pas si c’est l’abus de caféine, mais les camions renversés dans le bas-côté sont fréquents. Nous avons évité de peu le dérapage sur une cargaison de poissons tout juste déversée sur la chaussée. Je ne recommande pas le poisson à Mysore, il arrive en caisses sans glace. Traversée de villages tristounets, sales, à chaque fois que je vois surgir un enfant ou une femme au détour d’un chemin, ça me fout le cafard (pas étonnant finalement que nous ayons retrouvé la maison envahie!). J’ai l’impression qu’il s’agit d’autant d’impasses dont ils ne pourront jamais sortir. Ca me rappelle la définition du développent du PNUD, qui combine l’espérance de vie, le taux de croissance et celui de l’alphabétisation. Il faut les trois pour pouvoir choisir son destin. L’absence de perspectives, le poids de la tradition me paraissent pire que la pauvreté. Ils pourront toujours économiser pour se rendre au Coffee Day me direz-vous. En revanche, ce qui marche fort, c’est l’industrie du téléphone portable. Des boutiques flambant neuves s’élèvent au milieu de nulle part, et chaque maison le long de la route est peinte aux couleurs des différents opérateurs. Intuitivement, je dirais que le téléphone portable se répand sur le globe à une vitesse jamais égalée par un autre produit de consommation.

Sur ce, je m’en vais dormir d’un oeil et d’une main, les deux autres se tenant prêts à Baygoniser le cafard qui tenterait de s’aventurer à proximité de ma couette!

Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

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2 Réponses à “« Cafarnaum »”

  1. Veronique
    20 mai 2011 à 1:38 #

    Je suis morte de rire. Excellent post.
    Pour l’episode du zoo, j’ai vecu exactement la meme chose a Kandy a Sri Lanka. Depuis ce jour, j’evite les zoos. Ca me fout le cafard !

  2. 20 mai 2011 à 6:08 #

    @Veronique: »ca me fout le cafard », decidement on ne leur echappe pas ;-)

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