Le mythe de l’indienne poilue

Ce matin, j’ai risqué ma vie. J’ai entrepris de traverser à pied Peddar Rd, hors passage piéton. Je sais désormais ce que ressent le toréador chargé par le taureau. Mais à force de cambrures et courbures successives de la colonne vertébrale, je suis parvenue à éviter de me faire expédier au Jaslok hospital voisin par un chauffeur de taxi de l’Uttar Pradesh, plus fier que l’Hidalgo dans le sens qu’il ne freinera jamais ô jamais face à une piétonne.

Pourquoi avoir ainsi risqué ma vie ? Pour en finir définitivement avec le poil.

 Car oui l’Inde est l’endroit idéal pour en finir. De Delhi à Cochin, de Bombay à Calcutta, et même de Combatoire à Nagpur, les instituts fleurissent, tous armés des lasers derniers cris qui permettront d’éliminer toute pilosité. « Et pour le maillot, on vous fait l’épilation totale ? Brésilienne ? Ticket de métro ? ». Craignant un peu le look actrice porno sur le retour, surtout l’année de mes 80 ans, je décline prudemment.

Pour ceux qui seraient tentés, sachez que plus la peau est claire et le poil foncé, mieux c’est. Que ça ne fait pas mal, mais qu’on s’emmerde drôlement tandis que deux heures durant une jeune et jolie dermatologue traque la bulbe avec méticulosité. (Si tous les dermatos se convertissent dans le business beauté, qui reste-t-il pour traiter nos vulgaires verrues, eczéma et autre psoriasis ? Pas de panique, la lèpre ayant quasiment disparue, il nous reste les léprologues désoeuvrés. Je ne mens pas, notre dermato familial est « léprologue et vénérologue », sic)

Et pourtant, la chute des poils automnale, tout comme celle des feuilles, m’emplit de nostalgie. Tout se perd. A une époque où je croyais encore que Jakarta était une capitale africaine, j’imaginais les indiennes aguicheuses et poilues et courant en riant autour des arbres. Ils ont arraché les arbres de Marine Drive, et même dans les films bollywood, la dance du banyan recule au profit de démonstrations plus athlétiques. Verrons-nous bientôt les derniers jours du poil sur le sub-continent indien ?

Et l’établissement en 10ème Durga, de la déesse Kaya ?

 

 

Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

Inscrivez-vous

Abonnez-vous à notre lettre d'informations pour recevoir les nouveautés par e-mail.

Aucun commentaire.

Laisser un commentaire

cyrilleauquebec |
Chemin Rêvant |
It'll all get better in time |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Voyage aux Etats Unis
| Un an au Japon: Une Science...
| Ma vie dans 30 kg