Pilate attitude

Ca vous a peut-être échappé, mais hier, c’était la Saint Ponce. L’Inde, comme bon nombre de pays, a célébré la première journée mondiale du lavage des mains.

Une journée qui ne devait pas concerner le manchot du carrefour d’Haji Ali. Celui-ci applique ses moignons sur les vitres des voitures empilées au feu rouge, c’est son gagne-pain. Benoit lui donne de l’argent régulièrement, il a pitié de lui: « tu t’es déjà demandée comment il fait pour aller aux toilettes ? ».  Moi, je l’ignore, regard fixé droit devant sur l’horizon. J’ai peur, en lui donnant, de soutenir un réseau mafieu d’exploitation des handicapés,  ou même un réseau mafieu de mutilation. Et d’avoir regardé « Traffic signal », de Mahdur Bhandarkar n’a pas vraiment apaisé mes craintes.

Il mendie tous les jours, sous le soleil ou la pluie, dans la chaleur moite. En fin de journée, quand le vent se lève et que la température s’adoucit, il prend une pause. Vous le verrez parfois, juché sur l’escalier abandonné d’un passage surélevé jamais construit. Il a, attaché à l’un de ses moignons, un cerf-volant. Sa silhouette se découpe, contre la mer, contre la mosquée. Il agite les bras vers le ciel et guide un papillon de papier.

Je crois que quiconque vit à Bombay, emprunte tous les jours les mêmes routes, finit par avoir son mendiant attitré. Moi, c’est un groupe de jeunes gens non loin du temple de Mahalaxmi. Ils savent que je donne des biscuits. Ils ont leur préférence: ceux de la semaine dernière n’étaient pas bon, s’il vous plait, nous on aime les biscuits aux noix de cajou, vous vous en rappellerez ? Ils m’ont vu enceinte, ils s’extasient de voir le bébé grandir, s’étonnent si je ne suis pas dans ma voiture habituelle. D’être familiers, ils n’en sont plus effrayants. Ils sont peut-être une bonne conscience, celle qui permet justement, à d’autres carrefours, d’autres feux rouges, de s’en laver les mains.

 

Traffic Signal: un film pas fornément très bon, qui donne l’impression d’un décor d’opérette (c’est beaucoup trop propre, ou pas assez bruyant, ou alors on n’a pas assez chaud en le regardant, bref). Par un réalisateur qui se pique de satire sociale. Mais que j’ai aimé regarder pour toute « l’économie des feux rouges » qui y est décrite, et qui, d’après beaucoup, est conforme à la réalité:

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Est-ce que vous donnez de l'argent aux mendiants aux feux rouges ?

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Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

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3 Réponses à “Pilate attitude”

  1. Emilie
    17 octobre 2008 à 19:25 #

    Tiens ça n’a pas l’air de marcher ton sondage sur l’argent qu’on donne aux feux rouge…
    Pour ma part entre Saint Denis, Epinay et Pierrefite sur seine, en passant par la Courneuve, donc entre chacun des domiciles de mes patients cérébrolésés, je retrouve ces laveurs de vitres et mendiants dont j’avais oublié l’existence, à vivre depuis presque 6 ans sans voiture… Je ne donne leur donne jamais rien, parce que je n’ai dans mon sac que mon permis de conduire et mon materiel de rééducation, jamais mon porte monnaie dont je n’ai rien à faire chez mes patients… Peut être que d’ici quelques temps, je choisirais l’un d’entre eux; entre celui qui exhibe sa jambe atrophiée ou le petit jeune qui me lave le pare-brise, je sais lequel je choisirais; j’ai un peu honte, mais l’exhibition des jambes coupées/ atrophiées/ moignons et gangrènes diverses m’ont toujours plutôt énervée qu’appitoyée;
    Je donne parfois dans le metro, à celui qui chante pas trop faux ou qui me fait pitié à se bousiller la voix pour surpasser le bruit ambiant et qui, je le sais, ne pourra plus chanter les deux prochains jours parce qu’il sera aphone.
    Voilà, j’ai répondu à ton sondage…
    J’aime bien tes posts remplis de vie quotidienne.
    Bises
    Emilie

  2. Annie
    15 décembre 2008 à 21:58 #

    Oui je donne, plus ou moins régulièrement. J’ai aussi « ma mendiante attitrée  » qui s’appelle Santara, comme les oranges, on échange des nouvelles, elle me demande où est passé mon vélo. Sans doute j’entretiens un réseau de mutilation…. enfin, pas à moi toute seule, je ne donne pas assez.

  3. Pêche
    22 août 2010 à 1:10 #

    C’est le problème. On a peur d’entretenir un réseau mais on continue de donner. Personnellement, c’est un type avec des chats et des chiens, qui ne parle pas un mot de français mais les emmène chez le véto quand ils sont malades. Comment ne pas lui donner ?

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