Ils perdent la boule à Bollywood

Ce matin, je lis dans mon journal une nouvelle qui me choque vraiment: un réalisateur indien (un certain Rakesh Ranjan) est sur le point d’entreprendre le tournage de « Hail Hitler », un film qui, comme son nom l’indique, aura Hitler pour héro, mais un Hitler « humain » – avec, par exemple, son touchant mariage à la quasi veille de sa chute: Hitler, un homme amoureux. Mais allant plus loin encore, ce film va dresser un parallèle entre Adolf Hitler et Mahatma Gandhi. Vous trouvez le point commun ? Ils ont tous deux ébranlé l’empire britannique. Le film montrera comment Hitler a aidé Subhash Chandra Bose, un des principaux dirigeants indépendantistes indiens de l’époque, et convaincu ses alliés l’Italie et le Japon de lui amener leur soutien. (Pour l’anecdote, Bose se fâchera ensuite avec Gandhi sur le sujet de la non-violence). Hitler, héro de la lutte indienne pour l’indépendance ?

Le producteur du film, un certain Nalin Singh, nous promet un film objectif, sans prise de parti, et basé sur une recherche factuelle rigoureuse. Je suis perturbée par le statut d’Hitler ici en Inde. Méconnaissance historique, indifférence de l’éloignement ? Il a sa cohorte d’admirateurs. Le premier, Raj Thackeray, déclarait récemment dans une interview à l’une des journalistes indiennes les plus en vue du moment: « J’aime Hitler. Personne ne défendra les chambres à gaz, mais j’aime les objectifs qu’il avait pour son peuple, et ses stratégies. » On ne sait pas bien où les stratégies d’Hitler devaient s’arrêter pour Raj Thackeray, qui répond ces jours-ci devant la justice d’accusations telles que: incitation à la haine raciale, incitation aux émeutes. Héritier dissident d’une famille d’ultra-nationalistes, Raj Thackeray a fondé en 2006 son propre parti, le Maharashtra Navnirman Sena (MNS). Son agenda politique pour le moment ? Défendre les droits des « fils du sol » (les Maharashtriens), et chasser les immigrés d’Inde du Nord. Ses tactiques relèvent de la terreur. Il a ainsi imposé à tous les commerces de Bombay d’avoir une enseigne en Maharati, la langue locale, après leur avoir lancé un ultimatum écrit (en gros, vous installez cette enseigne, ou mes sbires viendront démolir vos vitrines). Et ses partisans attaquent très régulièrement les travailleurs immigrés du Bihar et de l’Utar Pradesh, de manière très violente, et ont réussi à provoquer une véritable hémorragie hors de l’état de ces même travailleurs, provoquant ainsi un déficit de main d’oeuvre pour certaines industries! La semaine dernière, Raj Thackeray menaçait une compagnie aérienne domestique qui venait d’annoncer un plan de licenciement massif: vous réintégrez ces travailleurs, ou pas un seul avion ne décollera de Bombay. Le lendemain, la dite compagnie revenait sur son annonce. Et dimanche, les partisans du MNS, à qui nous pourrons peut-être offrir une dotation de chemises brunes, ont empêché 6000 candidats venus d’Inde du Nord d’accéder aux épreuves du concours de recrutement de la compagnie de chemin de fer, en expédiant même certains à l’hopital !

Celà aura sans doute été la goutte d’eau qui aura fait débordé le vase. Le gouvernement ayant lancé un mandat d’arrêt contre lui (pour la seconde fois cette année),  Raj Thackeray déclare: venez donc m’arrêter, et le Maharastra sera mis à feu et à sang.

Si on exclut 4 morts, une centaine de bus et autant de taxis endommagés ou brûlés, le Maharastra n’a pas flambé. Je ne suis pas sûre qu’il faille y voir une défaite de Thackeray. Le jour de son arrestation, la ville s’est arrêtée. Rues désertées, écoles fermées, boutiques aux rideaux tirés, les mumbaikars sont prudemment restés chez eux, craignant une explosion de violence. Je n’avais jamais vu la ville aussi calme, aussi silencieuse, aussi vide. C’était un silence plein d’attente et de tension. J’ai essayé de me demander quelle arrestation en France pourrait mener à ce climat, quel personnage public. Je n’ai pas trouvé.

Rak Thackeray déclarait aussi qu’il aimait lire des biographies d’Hitler et de Gandhi. Voilà qu’on mêle à nouveau, étrangement, les deux personnages.

Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

Inscrivez-vous

Abonnez-vous à notre lettre d'informations pour recevoir les nouveautés par e-mail.

2 Réponses à “Ils perdent la boule à Bollywood”

  1. Agathe
    23 octobre 2008 à 22:27 #

    Coucou !

    C’est Agathe « la reine du Cned » !!! Aurélié m’a donné l’adresse de ton blog qui est fort intéressant. Tout le monde va bien ?
    Embrasse Oscar pour moi.

  2. Pêche
    22 août 2010 à 1:18 #

    C’est vrai que c’est complètement dingue! Je crois qu’en Inde, ils insistent moins sur le côté inhumain des actes d’Hitler.

Laisser un commentaire

cyrilleauquebec |
Chemin Rêvant |
It'll all get better in time |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Voyage aux Etats Unis
| Un an au Japon: Une Science...
| Ma vie dans 30 kg