Chant du cygne à Chandigarh

C’est peut-être parce que j’arrivais tout droit de Bombay. Mais j’avoue, j’ai été bluffée par Chandigarh.

A la base, j’étais bien disposée, c’est sûr. Une ville conçue par Le Corbusier. Je ne suis ni une experte ni particulièrement fan, mais tout de même, fierté nationale oblige, voilà que je mettais les pieds dans une cité indienne pensée par un français!!!! Cocorico!!! D’emblée, mon sympathique chauffeur me chante les louanges de Chandigarh, « une ville tellement bien organisée ». Ici, pas d’embouteillages, peu de klaxons, de la verdure, mais surtout, pas de coupures d’électricité et de l’eau à tous les étages 24h sur 24. Je remarque aussi pas ou peu de papiers par terre. Mon coeur se gonfle sous l’émotion et nous entonnons aussitôt avec mes 3 fils une Marseillaise en canon.

Mais assez de patriotisme, assez de suspense! Chandigarh, à quoi ça ressemble ?

Il s’agit d’une Inde paisible et prospère comme on ne la voit pas souvent. D’ailleurs, je lis quelque part que Chandigarh a l’Indice de Développement Humain (IDH) le plus élevé de toute l’Inde! Chandigarh, c’est aussi la capitale administrative de deux états (ça vous en bouche un coin): le Punjab, et l’Haryana. Aux mauvaises langues qui s’empressent de penser que c’est à la présence de tous ces ministres que la ville doit son électricité et son eau assurée, je dis: halte là, pas de lèse-corbusier, c’est grâce à la fantastique plannification bien pensée de l’architecte français (il parait qu’il y avait aussi un suisse, mais aucun doute que ce-dernier n’ait tenu qu’un rôle fort mineur).

Chandigarh est une ville vaste et rase, les batiments comme les avenues présentent des angles droits découpés au millimètre près. La circulation est fluide, beaucoup de petites voitures individuelles (signe indubitable de la prospérité de la classe moyenne selon moi), et des rickshaws tirés par des cyclistes enturbannés habillés avec élégance: chemises amidonnées et pantalons bien repassés. (On est loin de l’image du loqueteux habituel qui tire habituellement le touriste embompointé dans d’autres villes d’Inde. Cependant, après observation attentive, le boulot n’a pas l’air moins dur ici). Nous suivons en voiture des allées verdoyantes, ponctuées de magnifiques bungalows des années cinquante, aux lignes épurées. Quelques monstruosités à colonnes corinthiennes moins réussies selon moi, si plus opulentes. Un vélo d’enfant appuyé contre une grille me projette soudain dans l’enfance heureuse et prospère d’un garçonnet que j’imagine pédaler de toutes ses forces pour retrouver sa bande de copains, avant qu’un destin exigeant ne l’envoie passer son adolescence dans un pensionnat du Rajasthan. (Seuls ceux qui ont eu 3 garçons à Bombay comprendront peut-être la force de cette image, pour les autres, qu’elle reste une des voies mystérieuses de ce blog.)

Tout de même, où sont les gens ? Personne ne semble pouvoir me répondre. Il faudrait commencer par savoir combien sont-ils. Un million, parait-il. Tout s’explique, la capitale du Punjab et de l’Haryana réunis, à l’échelle française, c’est Pithivier!

A Chandigarh aussi, il y a des parcs. Plein de parcs. Et des lacs. Enfin, au moins un. Tandis que je pousse ma poussette sur une allée parfaitement macadamée, propre, au milieu de canards et d’écureuils, je me demande si je n’ai pas été soudain transportée au bois de Boulogne, ou tout autre référence adéquate. Pendant que Nestor et moi nous livrons à cette expérience inhabituelle, les ainés font du pédalo sur le lac. Et pas n’importe quel pédalo. Un cygne blanc géant, qui appartient à cette espèce migratoire que j’ai déjà observée sur les eaux de Kyongju, en Corée, de Tokyo et dont on m’a rapporté la présence à Bangkok. Un groupe d’écoliers en pantalon vert et chemise à carreaux assortie se bousculent en riant. Sous les turbans, les yeux sont très clairs. Ils nous interpellent: « David Beckam, David Beckam! »

La désorientation sensorielle se poursuit. Dans le marché du secteur 17, sur la grande esplanade rectangulaire, le fond de l’air se fait frais, la foule se presse, silencieuse, et un instant, un bref instant, je me crois en Corée!

Sur ce, et bien que tout ceci soit absolument passionnant, j’en ai conscience, je dois vous laisser avant de vous narrer notre séjour à Shimla, car c’est l’heure …. de ma dépoilisation au laser!!

Hélène pour Bombay Magic, un blog sponsorisé par l’office du tourisme de Chandigarh.

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Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

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2 Réponses à “Chant du cygne à Chandigarh”

  1. Zinho
    10 décembre 2008 à 22:08 #

    Définitivement dans ma « to do » list avant de rentrer en France…

  2. Pêche
    22 août 2010 à 1:27 #

    J’ai un ami à Chandigarh et même si je n’y suis jamais allée, il m’en a dit le plus grand bien. A voir !

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