Ma journée avec moi

Depuis Noël, grâce à la générosité de l’Homme, j’ai les mêmes lunettes que Paris Hilton. Elles ne quittent plus l’arrête de mon nez (version extérieure) ou l’arrondi de mon crâne (version d’intérieur). Mes fils m’appellent « la libellule », mais je ne comprends absolument pas pourquoi.

Passer ma journée avec moi, c’est donc, dans les quartiers animés de Breach Candy, Kemps Corner ou même Lower Parel (de plus en plus hype depuis qu’on y transforme les ruines industrielles en bars et boutiques branchées), respirer un air un peu people. Nous commencerons la journée par l’étape incontournable de toute chic sudiste bombayite qui se respecte: la pédicure. A Bombay, pour affirmer son appartenance à la classe des beautiful people, en plus des lunettes de Paris Hilton, il importe d’avoir les pieds bien pédicurés avec les ongles d’orteils brillants comme dix petits coquillages sur une plage de Goa. Ce qui n’est pas une mince affaire, car les efforts à la rape du thérapiste (so much dead skin, Madam, so much dead skin) pour transformer vos talons en deux jolis galets lisses et blancs sont contrés en permanence par la poussière et disons-le la crasse qui s’infiltrent dans vos chaussures ouvertes à fil de trottoir.

Confortablement installée dans mon fauteuil massant, les lunettes relevés sur l’arrondi de mon crâne (version intérieur), je passe moult coups de fil tandis que Akshay ponce, lime, cuticule et vernit … Soudain, je remarque quelques excroissances aux jointures de son pouce droit et de son majeur gauche: des verrues. Je frémis et ne sais que faire: dois-je fuir les lieux au plus vite, avec 6 ongles 3/4 peints en rose ? Courageusement, je décide de prendre le taureau par les cornes: « Akshay, ne le prenez pas mal, mais je pense que c’est important que vous alliez chez le dermatologue pour faire retirer vos verrues. » « Mes quoi ? » « Vos verrues. Celles que vous avez sur les doigts, là. » « Ah, ça … » Il relève la tête, curieux: « Qu’est-ce que c’est ? ». Je me livre donc à un cours (dont je vous ferai grâce) sur: l’origine des verrues, leur contagion, et leur traitement. Incroyable pays qui booste en permanence mon égo, me tournant tour à tour en professeur d’astronomie, ou ponte médical. 

Etape 2, le shopping chez Premson. Les bombayites connaissent tous. Pour les autres, sachez que c’est la mecque du shopping pour la classe moyenne, une caverne d’ali baba où vous vous fraierez un difficile chemin entre matronnes en sari le nez dans les casseroles, écoliers la morve collée aux jouets et les innombrables vendeurs toujours prêts à vous dénicher l’introuvable. L’introuvable aujourd’hui, c’est:

 

patins1.jpg- Tout d’abord, des patins! Des bons vieux patins à roulette! Amis lecteurs, ou amis tout court, nés comme moi avant l’invention d’internet, depuis combien d’années n’aviez vous pas vu des patins, des vrais ? Des pas rouillés ? Et pour la modique somme de même pas 7 euros!

 

 

 

- Et puis, un produit génial pour tous ceux d’entre vous qui se sont déjà liquéfiés, par un chaud après-midi de mai, dans un de ces  pimpants taxis jaune et noir qui embouteillent les rues de Bombay: des dessous d’aisselle jetables absorbeurs de transpiration.

sweatex.jpg

 

J’enchaîne ensuite ma journée effrénée par un déjeuner à Good Earth (shopping chic) au cours duquel j’apprends l’existence des Gurkhas. Les Gurkhas sont parait-il des népalais petits mais costauds, très agiles et très portés sur l’alcool. En plus, il parait qu’ils ont un grain. L’amie qui m’éclaire ainsi est convaincue que mon acrobate népalais est un Gurkha. Elle me dit qu’ils font de fort bons soldats et sont généralement très honnêtes. Tout s’explique: c’est pour ça qu’il s’est contenté de picoler sans rien voler ! (http://fr.wikipedia.org/wiki/Gurkha si vous souhaitez vous instruire)

Etape 4, et je vous rassure, nous arrivons au bout de ce périple épuisant: je me rends chez Nature Basket, l’épicerie fine à deux pas de chez moi. Lunettes sur le nez donc (extérieur), et pieds s’empoussiérant dans mes sandales. L’Homme m’a confié une mission, celle d’acheter de la glace Ben & Jerry pour le dîner. Lorsque j’ouvre le congélateur pour prendre un pot, je le découvre tout mou. Une rapide inspection me permet de constater qu’aujourd’hui Nature Basket vend de la glace à l’état liquide. J’alerte une vendeuse: « mademoiselle, je pense qu’il y a un problème avec le congélateur. » Elle appelle son superviseur. Immédiatement, il me rassure: « Non madame, notre congélateur marche très bien. C’est juste que la glace vient d’être livrée. Dans quelques heures, tout aura recongelé! »

Ce soir, pas de glace au menu.  Heureusement, après une telle journée avec moi, il me reste encore du temps pour bloguer.

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Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

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