Plus près de toi, Sai Baba, plus près de toi (sur l’air de « Plus près de toi Mon dieu »)

Plus près de toi, Sai Baba, plus près de toi (sur l'air de

crédit photo audleyblog.com

Vous en rêviez sans doute depuis votre première gorgée de Sula pétillant, lors d’une soirée bruissante de saris dans la salle de bal du Taj. C’était peu après votre arrivée, vous ne connaissiez personne mais vous avez trouvé que les Indiens faisaient un mousseux à peu près potable. Vous en rêviez. Toujours soucieux de vous amener l’Inde dans toute son exhaustivité, nous l’avons fait.

Samedi de bon matin, nous nous sommes donc empilés dans la voiture, sans oublier un seul enfant, et nous sommes partis affronter les dangers de la route indienne (qui n’a jamais mordu la poussière du bas côté pour laisser passer de front un autobus quasiment en pièces détachées et un camion à la cabine joliment décorée mais sans porte ne peut comprendre qu’en termes d’adrénaline, un Mysore-Combatoire vaut largement n’importe quelle attraction dernier cri à Dysneyland Paris.)

Nous avons abandonné derrière nous l’animation compacte et grouillante de Bombay, les villes nouvelles qui se dressent haut dans le ciel, se rarifient, avant de laisser place à une campagne brûnatre et desséchée. Assez rapidement, se sont dessinée sur l’horizon les premières formations rocheuses, aux contours érodés par d’interminables moussons. Pour un peu, on se serait cru au Far West, d’ailleurs, il y avait même des indiens.

Avant notre départ, la bonne m’avait collé entre les mains un petit gilet bleu marine de coton, taille 2 ans. Pour Nestor. « Il fait froid, au village. » « Le village », destination mythique, ou terme générique désignant, pour autant que je puisse en juger, tout déplacement en dehors de Bombay, entrepris par la route, vers une ville de moins de 5 millions d’habitant. Ce samedi, nous nous rendions à Nashik, 1,2 millions d’âmes (chiens aboyants exclus), pointe nord du fameux « triangle d’or » maharashtrien de la prospérité industrielle, Bombay-Pune-Nashik. Mais aussi centre de pèlerinage. Si vous aviez raté Compostelle, vous pouvez toujours entreprendre de vous rendre à Nashik à pied, sans oublier vos T-shirt et drapeau oranges. Le long de l’autoroute, vous trouverez rapidement des cortèges de dévots auxquels vous joindre. Nashik, enfin, c’est une des principales régions viticoles de la Péninsule. Que des atouts.

Vineyard-sula-300x213 dans Un peu de tourisme entre amisOn passera rapidement au travers des zones industrielles, quoique j’ai été impressionnée par les haies et pelouses impeccablement taillées de Samsonite, Bosch, Siemens, Glaxo. Mieux qu’à Vélizy. On s’attardera le temps d’un déjeuner dans les vignobles. Le restaurant italien est végétarien et le serveur nous demande si on veut les pates moyennement ou très épicées. La visite du vignoble remporte un franc succès auprès des touristes locaux, on sent que pour eux le vin est une affaire nouvelle, et ils se réjouissent d’apprendre que le Sula s’exporte même au Japon (votre bloggueuse, quant à elle, blasée par une éducation hexagonale où l’on embouteillait en famille, se contente de traîner autour des tonneaux pour voir s’ils sont d’importation française.) Pour 5 euros, ils peuvent même ôter leurs chaussures et sombrer jusqu’aux genoux dans le raisin. Ils sautillent, ils rient, les mollets se teintent de bordeaux. Les flashs crépitent pour immortaliser cette scène ancestrale.

Je décline. Pourquoi dépenser mes roupies pour marcher dans le raisin quand la veille j’ai pu, malencontreusement certes mais gratuitement, enfoncer mes pieds nus dans de la bouse de vache sacrée ? Car Nashik est une ville sainte et tout y est sacré. Même la rivière où je rince mes appendices (sur les conseils de passants hilares), Godavari de son doux nom, est vénérée au même titre que le Gange. (A ce propos, si dans 3 mois ce blog s’arrête brutalement, c’est que le ver qui est sûrement rentré par mon talon gauche sera ressorti par mon oeil droit). On trouve à Nashik plein de temples plus pittoresques et animés les uns que les autres. Mais surtout, c’est dans le coin qu’est né Sai Baba. Mon Sai Baba, celui-là même qui va me protéger de la Flasque Attaque. Samedi soir, vers 20h, dans un petit temple intimiste, emmenée par une amie hindou, je me suis jointe à la foule de femmes, des vieilles, des gamines, des ménagères en sari, des étudiantes en jean. Le prêtre a mis en route son lecteur de CD, la musique, rythmée et répétitive, a envahi l’espace déjà restreint. Dodelinant de la tête, les fidèles se sont mises à taper dans leurs mains, tourner en rond, taper dans leurs mains. Deux élues, préposées par le prêtre, agitaient des clochettes.

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crédit photo Tom Spender

 

Si j’habitais à Nashik, je me ferais volontiers dévote de Sai Baba. Et puis je voterais pour « Boss ». Au grand jeu du matraquage visuel auquel se livrent tous les politiciens en Inde, Boss ce week-end l’emportait largement. A chaque carrefour, sur chaque affiche démesurée, il nous souriait, sa tête en vignette au centre d’un système solaire où gravitaient une douzaine d’acolytes en lunettes de soleil (effet mafieux garanti). Aucun slogan, aucune littérature de campagne, juste ce nom, Boss.  Econome. Efficace. Extraordinaire.

Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

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