Slumdog Millionnaire

slumdog.bmpNous avons donc sacrifié hier soir à l’effet de mode et vu le film dont tout le monde parle aujourd’hui: Slumdog Millionnaire, salle 2 du flambant neuf PVR de Phoenix Mill. La sécurité est telle que j’ai l’impression d’entrer dans un aéroport. Et entre chaque séance, un agent de sécurité balaie le dessous des sièges d’une puissante lueur de torche. Finalement c’est plutôt rassurant.

La salle est pleine, une semaine après le public semble toujours aussi désireux de juger par lui-même de la controverse. Car si les indiens se pâment, des golden globes, des nominations aux Oscars – en oubliant au passage que le réalisateur est anglais -, certains d’entre eux sont tout de même très fâchés du portrait peu flatteur fait de leur ville. C’est vrai que dans Slumdog Millionnaire, la classe moyenne qui fréquente les salles de Multiplex, travaille pour des firmes multi-nationales et s’offre au moins une fois des vacances à Dubai est notoirement absente. C’est dans l’Inde misérable et rocambolesque qu’on plonge. Amitabh Bachchan semble être le premier à être monté au créneau pour dénoncer le tapage médiatique fait autour de ce film (en gros l’Occident ne s’intéresserait à l’Inde que lorsqu’on la dépeint misérable), mais l’honnêteté intellectuelle m’oblige à préciser qu’une lecture des archives du blog du dieu vivant de Bollywood http://bigb.bigadda.com/ révèle surtout d’interminables justifications sur le malentendu qui a eu lieu et la réaffirmation de son admiration pour Daniel Boyle!! D’autres encore, tout en reconnaissant que le film dépeint une réalité indienne, trouvent qu’une nouvelle fois, l’occident se fait exploiteur en magnifiant, pour les besoins du film, une réalité sordide. Grosse controverse enfin sur le titre du film « slumdog millionnaire », certains pensant que ce terme de slumdog est vraiment trop péjoratif!

Le film se déroule pour grande part à Daravi, le plus grand bidonville d’Asie, et qui se visite d’ailleurs, c’est très intéressant et finalement éthiquement bien moins dérangeant que ce qu’on appréhendait avant d’y aller. De nombreux enfants des rues ont joué dans le film, mais n’ont par la suite pas manifesté l’envie de le voir: « Nous, ce qu’on aime, c’est les films d’action avec ShaRuk Khan », ont répondu certains aux journalistes venus les interroger!

Slumdog est tiré du truculent Q&A de Vikas Swarup (Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devient milliardaire, chez Belfond). Dans une interview, Swarup relate que lorsque Daniel Boyle lui a affirmé qu’il conserverait l’âme de son livre, il comprit qu’il y aurait de nombreux changement. Et c’est vrai, à commencer par le nom du héros! Certains épisodes manquent, d’autres sont rajoutés, certains sont transformés. Globalement, peut-être parce que j’avais lu le livre, j’ai trouvé que le film manquait parfois de développement lors des différentes péripéties du héros, mais il faut dire, comment résumer une telle vie en 2 heures! L’humour, aussi, est victime de la scénarisation. Le livre était vraiment drôle. Si le film a ses moments, ce n’est tout de même pas une partie de rigolade

Le Bombay décrit dans le film, comme dans le livre, relève plus de Shantaram ou de Maximum City: un Bombay brutal, sordide, qui fait la part belle à la mafia. On en parle beaucoup, mais à vrai dire, et heureusement, on n’y est pas confronté! En tout cas, tous mes copains indiens semblent convaincus que les mutilations d’enfants, aujourd’hui, ce n’est plus possible! On reconnaît bien, en tout cas, notre décor quotidien (même cette vue aérienne des slums qu’on retrouve des baies vitrées de chaque immeuble cossu, car à Bombay, quartiers riches et pauvres s’imbriquent étroitement), et je dois dire que pour une fois, la ville est aussi sale qu’on la connaît! (Si elle sert abondamment de décor aux films bollywood, elle est souvent si propre qu’on croirait un décor d’opérette!)

Alors, mon verdict ? Personnellement, j’ai vraiment bien aimé, surtout la première partie toute en Hindi, avec Jamel enfant. Les scènes du jeu télévisée sont formidablement réussies et Anil Kapoor est excellent en présentateur sadique! Et le générique de fin ? Délicieusement kitsch, on le regarderait en boucle, tout en songeant avec un pincement au coeur que c’était dans ce décor qu’il y a tout juste 2 mois les terroristes se livraient à un bain de sang. Et puis, l’acteur, Dev Patel (Jamel adulte), est vraiment sympathique!

A voir donc absolument pour tous les expats à Bombay, et pour tous ceux qui aiment l’Inde. Mais aussi, vraiment, lisez le bouquin!

La bande annonce ….

Image de prévisualisation YouTube

 Et une des chansons phares ….

http://in.youtube.com/watch?v=Z32SCbI4dNU&feature=related

 

Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

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7 Réponses à “Slumdog Millionnaire”

  1. Dalou
    1 février 2009 à 13:58 #

    Merci Bombay Magic pour ce succulent article. Je me suis délecté.
    Je suis un peu surpris du fait que les enfants des slums n’aient pas voulu voir le film et préfèrent du Bollywood-Sharukhanien.

    Personnellement j’ai adoré. Je me suis vu replongé en Inde avec force pendant toute la séance du film. J’ai été frappé d’être projété violemment dans ce que j’ai vécu pendant 7 semaines en Inde. J’avais même les larmes aux yeux en raison des situations dans le films où on ne savait s’il fallait se réjouir ou pleurer. La situation des enfants m’a projété brutalement au Rajasthan et dans le Gujarat quand on fût confronté aux enfants (tous sales, mais d’un beauté incroyable) qui nous assaillaient pour mendier. Plus d’une fois on failli craquer, s’écrouler en larmes. On savait ce qui se passait réellement mais on était confronté à un dilemne quand on était face à eux.
    En tout les scènes étaient magnifiquement fisselées. Et les prises de vues étaient formidables.

    Dis moi quels ont été les réactions des indiens pendant la projection et à la sortie du film ? (bien qu’il s’agisse en général de classe moyenne)

    Tu n’en parles pas dans ton article, mais quelle a été la réaction des indiens face au baiser sur la bouche des 2 acteurs à la fin du film ? Les indiens se sont-ils maintenant habitué aux baisers dans les films mettant en scène leurs congénères ? ou est-ce que cette scène a été coupé du film ?

  2. 1 février 2009 à 19:35 #

    Le film passe ici en 2 versions, slumdog millionnaire, en anglais, est réservé aux adultes. Slumdog crorepati, en hindi, est en U/A, c’est à dire que le film est accessible aux mineurs accompagnés d’un adulte. Je n’ai pas vu la version hindi, mais je suppose que le baiser y a été coupé. Il figure bien en revanche dans la version adulte anglaise.
    Je ne pense pas que le public classe moyenne des multiplex aient été choqués par le baiser de la fin!!! Mais je ne sais pas du tout si le film intéresse les classes populaires, friandes de Bollywood, souvent très conservatrices.Je pense qu’elles vont surtout au cinéma pour rêver et se sortir de leur quotidien!

  3. Thomas
    2 février 2009 à 16:16 #

    Juste une petite remarque hors film : malheureusement, les mutilations d’enfants existent toujours. J’ai pu en faire le douloureux constat à Delhi il y a deux ans (le plus horrible : c’était entre frères !)…
    Thomas

  4. 2 février 2009 à 16:30 #

    Veux tu dire que tu aurais rencontré (via ONG ou autre) un enfant qui t’aurait dit avoir été mutilé volontairement pour mieux mendier ?

  5. Thomas
    3 février 2009 à 8:17 #

    Non, non… j’ai vu dans un slum de Delhi un gamin en train de 10-12 ans en train de mutiler un autre de 6-7 ans. Les personnes autour m’ont très vivement recommandé de ne pas intervenir si je ne voulais pas me faire caillasser… Dilemme difficile, et un appel à la police n’a évidemment eu aucun effet.

  6. 3 février 2009 à 11:01 #

    Seigneur …

  7. Dalou
    3 février 2009 à 13:07 #

    …on a l’impression dans ces cas là d’être dans un IMPUISSANCE horrible à vivre

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