Ca crépite sous mes tropiques

380pxwaterhousedecameron.jpgJe devais cet après-midi retrouver mon joyeux groupe d’octogénaires et poursuivre mon exploration des moeurs de la société huppée de Bombay Sud. Mais voilà qu’un malotru est venu nous menacer de débrancher nos compteurs (avec force hurlements sur ma bonne) si je ne me rendais en personne cet après-midi, et avant 5 heures, au bureau central de la compagnie d’électricité qui nous plume tous les mois. La menace étant sérieuse, je consens à me déplacer, et au bout de 4 ans, découvre donc l’endroit mystérieux où mon chauffeur va payer nos factures. Le quartier est délabré, les trottoirs ont laissé place aux fameuses « encroachments » (toute construction illégale empiétant les voies), les habitants du quartier, chiffonniers visiblement, sont très occupés à trier des déchets, fillettes en uniforme d’écolière, vieils hommes à la silhouette rachitique pliés en au moins 6 morceaux, à tel point qu’ils semblent incapables à jamais de se relever, intérieurs entr’aperçus de misère, de bric et de broc. Une jeune femme   magnifique en sari rouge rit en agitant sa chevelure, les moustachus embompointés de l’arrêt de bus louchent sur sa croupe qui chaloupe joliment sous les drapés du sari, une gamine d’une dizaine d’années, sans aucune pudeur, s’accroupit pour ce qui semble être une grosse commission à l’entrée d’un immeuble, elle me fixe, impavide… J’ai renvoyé mon chauffeur vers d’autres missions familiales, et je contemple, perplexe, un grand bâtiment rectangulaire où ne figure pas la moindre indication en anglais. Il y a deux ans, ma facture d’électricité, qui jusque là me parvenait très lisiblement en anglais, s’est transformée en un tas de nouilles que mes bonnes, mon chauffeur, et même les gardiens de l’immeuble peinent à déchiffrer, sans que je sache s’il s’agit d’un problème de dialecte, ou d’alphabétisation. C’était la grand époque où Raj Thackeray et ses sbires exigeaient l’emploi du Maharati comme langue officielle à Bombay (pardon, Mumbai!), visiblement, chez Best Undertaking, ils ont été pris au pied de la lettre. Je vous épargnerai mes discussions kafkaïennes, mes montées et descentes d’ascenseur, qui se soldent par quelques grands coups de tampon, un chèque de ma part presque accepté par l’employé encagé du rez-de chaussée (à ses côtés, un collègue compte et classe des toutes petites coupures): « pourquoi votre facture est un duplicata ? Où est l’original ? Où sont les factures précédentes ? » (Depuis 6 semaines, je tente sans succès de payer ma facture d’électricité que l’employé refuse d’accepter car j’ai perdu la facture du mois précédent, du coup, avec un mois d’arriéré désormais, je risquais aujourd’hui la déconnexion). Je repars avec l’assurance que mon compteur continuera de comptabiliser joyeusement les kilowattheures mais décide prudemment de vérifier où en est notre stock de bougies.

A Bombay sud, nous sommes chanceux. Quasiment jamais de coupures, à part parfois au plus fort de l’été (en mai), lorsque les air-conditionnés fonctionnent à coeur froid, et que les centrales hydrauliques de l’Etat peinent à assurer la demande. Pour y arriver (dixit les autres), ils détournent l’électricité des villages vers la grande ville, et nombreux sont les fermiers du Maharastra à ne bénéficier que de 12h, voire 6 heures d’électricité par jour. On lit alors dans les journaux des histoires de suicide, tel fermier qui s’était endetté pour acheter des graines, n’a pas pu les irriguer faute de courant et, ruiné, a choisi de mettre fin à ses jours. Même dans des grandes (et prospères) villes comme Nashik, Pune, les coupures, entre 4 et 6 heures par jour, sont systématiques. (Ce qui renforce ma méfiance dans la chaîne du froid). Pour que nous puissions continuer à boire, dormir frais, aller au cinéma, surfer sur internet, les compagnies d’électricité achètent à prix d’or de l’électricité dans d’autres états, ce qui explique que les gros consommateurs comme votre blogueuse (3 enfants, 4 air conditionnés toutes les nuits) paient des factures fort élevées (la tarification est progressive et les plus gourmands paient leur courant 11 fois plus cher que les ménages les plus économes!

Mais je m’égare, mon intention aujourd’hui était de vous parler de sexe. D’après le très sérieux « Population council », dans sa récente étude sur la jeunesse en Inde, les indiens des champs sont 2 fois plus nombreux que les indiens des villes à se livrer aux galipettes pré-maritales. Généralement moins bien informés, évoluant dans des milieux plus conservateurs,  si les ruraux sont plus nombreux à jeter leur gourme, c’est qu’ils en ont plus facilement l’occasion. Bombay, sa promiscuité et sa police morale laissent peu de place à l’intimité!!! Mais à la campagne … d’après les interviewés, les champs … et les temples sont des lieux favoris de la cabriole. La fresque érotique du temple de Shiva prend ainsi heureusement la place de l’estampe japonaise, et procure sans nul doute pas mal d’inspiration! Avec 16% des jeunes hommes et 3% des jeunes femmes à avoir goûté les joies du sexe avant le mariage, nous ne sommes plus face à un phénomène élitiste, conclut l’étude.

sisterjesme20090309.jpg

 Il n’y a pas qu’à la campagne qu’on s’éclate. Il semblerait que les rangs du clergé du Kerala soient chauds, chauds, chauds. J’ai le grand plaisir de vous annoncer la sortie de la version indienne du Decameron: « Amen: oru Kanyasthreeyude Athmakatha », par Soeur Jesme, aux éditions DC Books. Déjà 2000 copies vendues de la sulfureuse autobiographie de Sister James: exhibitionnisme au presbytère, coups de langues sous la cornette, que des aventures passionnantes malheureusement pour l’instant en Malayalam, mais prochainement promet-on traduites en anglais.

 

 

Soeur Jesme. Vous ne lui auriez pas donné le bon dieu sans confession, vous ? Et la mignonnette peinture tout là haut -infichue de mettre une légende – c’est un  »tale from Decameron » par John William Waterhouse, 1916

 

Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

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4 Réponses à “Ca crépite sous mes tropiques”

  1. Thomas
    4 mars 2009 à 9:21 #

    « 16% des jeunnes hommes et 3% des jeunes femmes »… mmmh, y a comme qui dirait un décalage… Endogamie masculine, comme au Pakistan, où paraît-il 30% des jeunes hommes découvrent l’amour avec un de leurs camarades ?

  2. 4 mars 2009 à 16:10 #

    Possible. Il y a sans doute aussi l’impact du recours à la prostitution … et peut-être, comme souvent dans les sondages, que les femmes ont tendance à avouer moins facilement ces pratiques prémaritales que la société réprouve!!!

  3. francesco
    5 mars 2009 à 12:33 #

    …ton blog est fascinant…

  4. Jérôme
    6 mars 2009 à 23:16 #

    Coucou Soeurette.
    j’adore le coté kafkaïen lié à la si belle organisation indienne, surtout que je ne la subis pas -;)

    Par contre faire payer plus cher les gaspilleurs d’électricité, Voila une bonne idée qui manquait à notre grenelle de l’environnement -:))

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