Que le grand cric me croque

childrencrciket.jpg

Photo Mckaysavage  

Ce matin, mon journal affiche en première page, et en très grosse police de caractère: « Ce soir, vengeance. » La coupe du monde de cricket vient de commencer.

Sachez que j’aborde là un sujet périlleux, même s’il me semble incontournable, car je ne connais RIEN au cricket. D’ailleurs, avant de venir en Inde, je confondais fréquemment cricket, croquemitaine, croquet et croque-monsieur.

Ceci étant, depuis 5 ans, n’étant ni manchote (bien que pas douée pour le tricot), ni sourde (même si mes 3 fils s’y emploient), ni aveugle (merci Docteur Kim qui me retailla habilement la prunelle en Corée), j’ai tout de même tiré certaines conclusions.

- Les Indiens aiment beaucoup le criquet. Un dimanche dans Bombay, et le moindre terrain vague, chantier de construction, voire, parfois le milieu du carrefour d’Haji Ali, se transforment en terrain improvisé. Un voyage en voiture dans un coin reculé de l’Inde, et c’est le bas-côté d’une route de l’Uttaranchal, la terre desséchée et poussiéreuse du Rajasthan, un village du Madhya Pradesh aux maisons bariolées aux couleurs des opérateurs de téléphonie qui sont colonisés par des hordes d’enfants en guenilles, armés de battes ou même de branches, frappant plus ou moins adroitement la balle ou une simple boule de chiffon. Le cricket, c’est la passion universelle des indiens. (D’ailleurs, je crois l’avoir déjà raconté dans ce blog, alors que je discutais avec une amie indienne de ce qui fédère, ou pas l’Union Indienne et crée le sentiment national, elle m’avait répondu: « Le cricket. Le cricket rassemble tous les indiens. »)

- Le cricket est un jeu qui dans des conditions optimum se joue en blanc, sur une pelouse verte bien arrosée.

cricket.jpgL’action est fulgurante mais espacée. Entre temps, beaucoup de regroupements, de discussions. D’attente. Les matchs durent vraiment très longtemps. Autant vous dire que les banquiers qui se regroupent devant les écrans géants des bars après leur travail, les « slumdwellers » – habitants des bidonvilles - qui s’agglutinent devant la télévision de leur voisin mieux loti et pas bégueule, les motocyclistes qui posent pied à terre pour suivre le match grâce à la radio poussée à plein volume d’un chauffeur de taxi, sans oublier les chanceux bien sûr qui posent un jour de congé pour aller au stade, tous ceux-là ne partagent absolument pas mon point de vue. On m’a souvent dit que les matchs sont passionnants, haletants.

 

- Si vous voulez un véritable étalon de la réussite, faites fi de la rolex. Un club de cricket, voilà qui pose son homme, ou sa femme, généralement star à Bollywood ou parfois magnat des affaires. Shah Rukh Khan, Preity Zinta, Shilpa Shetty ont chacun et chacune leur club.  Mais les pauvres, leur passion leur amène tant de soucis, avec le fisc pour Shah Rukh, avec la Ligue Indienne de Cricket (IPL) pour Preity et Shilpa (qui combattent en ce moment en justice contre la dissolution en bonne et due forme de leurs équipes, respectivement du Punjab et du Rajasthan). Même l’inénarrable Vijay Mallaya, émule de Charles Branson, amateur de jolies femmes (son calendrier, à l’image du calendrier Pirelli, ameute les foules) s’est acheté un club en plus de sa compagnie aérienne et sa marque de bière.

 shilpashettyipl.jpgpreityzintaafteripl.jpgn39shahrukh.jpg

 

- Le cricket, s’il est suivi par toutes les couches de la population, est l’affaire à haut niveau de privilégiés. Les joueurs de cricket n’ont d’égal que les stars de Bollywood en termes d’adulation et d’hystérie collective. Mais, contrairement au footballers, les stars du cricket sont souvent déjà des privilégiés avant même de trouver la célébrité par le sport. Seuls les individus déjà bien dotés économiquement peuvent trouver le temps à consacrer aux entraînements, aux matchs interminables, sans parler de l’achat du matériel. Les choses seraient en train de changer. En 2006, le jeu de télé-réalité « cricket star » allait chasser jusque dans les moindres villages indiens les athlètes les plus prometteurs. Emoi dans les chaumières, 25,000 participants; et au final la victoire du fils d’un conducteur de bus de Chandigarh. La télé-réalité, leurre ou facteur de la démocratisation de la société ? (Vous me ferez 800 mots minimum).

- Mon futur neveu par alliance, pourtant né à Armentières (59), ressemble à un dieu indien du cricket. C’est ce que mon chauffeur m’a assuré, tandis que l’ensemble des gardiens de l’immeuble opinaient du bonnet avec conviction. Il parait que l’électricien d’en face ainsi que les pompistes de la station service voisine sont d’accord.

- Les stars de cricket ne tombent pas les thons. Si j’en crois les photos des WAG (wives and girlfriends) publiées dans mon journal ce matin. 

La coupe du monde se déroule simultanément en Inde, au Bangladesh et au Sri Lanka. Au delà des matchs truqués, du blanchissement d’argent sale, du business douteux des paris, le cricket cristallise l’élan d’une nation entière. Le cricket, enfin, c’est parfois le triomphe des amours contrariés, comme celles de Shoaib Malik, ancien capitaine de l’équipe pakistanaise, avec Sania Mirza, star controversée du tennis indien. Personnellement, j’ai de la sympathie pour cette jeune indienne musulmane qui se bat pour son droit à jouer au tennis en jupette et à épouser un pakistanais, sans trahir ni son pays ni sa religion. Harassés par les médias, les autorités religieuses et la part de l’opinion qui ne tolère aucune pactisation avec l’ennemi, ils se marièrent pourtant à Hyderabad en avril 2010 et pour l’instant, n’ont pas d’enfants.

1130saniamirzaweddingphoto.jpg

 

 

Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

Inscrivez-vous

Abonnez-vous à notre lettre d'informations pour recevoir les nouveautés par e-mail.

6 Réponses à “Que le grand cric me croque”

  1. Dalou
    21 février 2011 à 2:08 #

    Merci Hélène. J’ai appris un peu plus, en matière de business dans le cricket indien.
    C’est fou comment les indiens adorent ce jeu.
    A Londres j’ai assisté à un match dans un stade J’avoue que ce n’est pas mon truc. Trop long et peu rythmé pour moi. Sorry, les indiens :)

  2. Marie
    27 février 2011 à 13:11 #

    chouette reportage, c’est vrai que c’est un sport méconnu chez nous.
    J’adore la première photo.
    Bon dimanche

  3. 27 février 2011 à 20:52 #

    Merci Marie, hélas elle n’est pas de moi!!! Mais bien représentative des scènes de l’Inde …

  4. Patricia
    9 mars 2011 à 17:34 #

    Quelqu’un saurait-il m’expliquer de façon simplifiée et plus rapidement qu’un match entier, les règles de cette quasi-religion indienne ?

  5. 9 mars 2011 à 22:19 #

    @ Patricia: apparamment mon ainé est prêt à relever le challenge, mais pour l’instant, trop collé sur facebook! A suivre!

  6. Patricia
    10 mars 2011 à 14:58 #

    Alors là, ça serait vraiment super adorable !

Laisser un commentaire

cyrilleauquebec |
Chemin Rêvant |
It'll all get better in time |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Voyage aux Etats Unis
| Un an au Japon: Une Science...
| Ma vie dans 30 kg