Coke en stock

indiancoolpharmacy.jpg

Je lis ce matin dans mon journal que l’État du Maharashtra n’a que 4 inspecteurs pour contrôler …. des centaines de milliers de pharmacie. Peut-on seulement les compter ? On les trouve à tous les coins de rue, la plupart du temps simple comptoir ouvert sur la rue où médicaments s’entassent joyeusement dans la chaleur et la poussière…

Il paraîtrait qu’ils veulent lutter contre la délivrance de médicaments par du personnel non-compétent. Ah! Voila 5 ans qu’un des grands sujets d’énervement de Bombay Magic en Inde, ce sont les pharmacies.

- Les employés dans les pharmacies ne savent pas compter. Ils ne vous donneront jamais assez de médicaments pour couvrir la durée totale du traitement. Maintenant, je compte pour eux et j’annote l’ordonnance. Pour l’Enchantement de mes Jours,  5 ml 3 fois par jours pendant 5 jours, 75 ml de sirop antibiotique au total s’il vous plait, pour l’angine de l’ainé, 2 comprimes pendant 7 jours, j’ai besoin de 14 comprimes. Rien n’y fait, le compte n’y est jamais.

- parfois les emballages sont tellement décolorés ou couverts de poussière que vous relisez 3 fois les dates de péremption.

- parfois, ils vous donnent un médicament au nom approchant, mais pas exactement. C’est dommage quand le médicament délivré soigne les oignons au pied alors que vous aviez une otite.

- parfois, bizarrement, les médicaments changent de couleur, comme ces comprimés marrons que je prenais au sortir de l’hôpital, qui étaient devenus bleu lorsque j’en avais acheté une nouvelle boite: même laboratoire, même libellé,même conditionnement. Deux couleurs au choix. Ca ne vous inquiéterait-pas, vous ?

- parfois, ils vous delivrent des medicaments que vous n’aviez même pas demandés.

- En revanche, à défaut de savoir lire et compter, être agile compte beaucoup, pour travailler en pharmacie. Toutes les boutiques sont pourvues d’une échelle, et je n’ose plus demander de la lotion anti-moustique chez Gemini Chemist depuis que j’ai constaté que ça impliquait pour le vendeur de grimper jusqu’au plafond, et puis de se déplacer façon Spiderman tout autour de la pièce, les doigts de pieds recroquevillés sur le rebord et les mains accrochées au montant de l’étagère supérieure.

L’autre jour, 5 erreurs commises sur une seule ordonnance ! A peine remontée dans ma voiture, et ayant constaté l’outrage, j’y suis retournée au pas de charge. « Comment pouvez-vous prendre votre travail si peu au sérieux ? Je suis éduquée et en mesure de vérifier, mais vos patients illettrés, vous y pensez ? ». La blanche quasi-hystérique dans sa pharmacie, c’est distrayant, ça va sûrement booster sa clientèle. Pas bégueule, il reprend son sachet avec un grand sourire, complète, échange: « Ça y est, tout est correct maintenant, vous voyez ».

C’est tout juste s’il n’agite pas la main en me voyant partir, vivement ma prochaine visite. Je me jure de changer de pharmacie, encore.

pharmacyindia.jpg

Mon honnêteté intellectuelle toujours intransigeante – et l’Homme, grand fan des pharmacies indiennes – m’oblige à préciser que les médicaments en Inde sont beaucoup moins chers qu’en France. Même médicament, même laboratoire et parfois même pays de fabrication: la différence de prix peut aller de 1 à10 !!! Avec sur la boite du Seretide Glaxo fabriqué en Angleterre et en tout point semblable à celle que j’achète en bordure de Manche, la mention en gras: réservé à la vente en Inde et au Nepal. En plus, ce que l’Homme adore, c’est qu’on peut téléphoner à la pharmacie, même en pleine nuit, et ils vous livrent tout et n’importe quoi, sans jamais demander àvoir une quelconque ordonnance. Vive l’auto-médicamentation. Après, on s’étonne de voir apparaître le superbug de Delhi avec multi-résistance.

Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

Inscrivez-vous

Abonnez-vous à notre lettre d'informations pour recevoir les nouveautés par e-mail.

15 Réponses à “Coke en stock”

  1. MHPA
    10 mai 2011 à 10:29 #

    Ah oui, quand même, « parfois, bizarrement, les médicaments changent de couleur, comme ces comprimés marrons que je prenais au sortir de l’hôpital, qui étaient devenus bleu lorsque j’en avais acheté une nouvelle boite: même laboratoire, même libellé,même conditionnement. Deux couleurs au choix. Ca ne vous inquiéterait-pas, vous ? »

    Si, je serais légèrement flippé, par contre la simplicité pour en avoir des médicaments, chapeau !

  2. 10 mai 2011 à 10:37 #

    @MHPA: quand j’ai avale ma petite pilule avec mes cereales, j’ai eu un peu l’impression que le chemin qu’elle empruntait le long de mon oesophage, c’etait comme un grand saut dans le vide. Mais a priori, il ne s’est rien passe. j’ai encore tous mes cheveux, toutes mes dents.

  3. Cécile de Brest
    10 mai 2011 à 13:34 #

    Il ne vaut pas mieux continuer à être malade parfois ?!!
    C’est l’aventure assurée, si je comprends bien.

  4. Dalou
    10 mai 2011 à 14:53 #

    haaaaaaaaaa ha ha …tu m’as fais pleurer de rire avec ce billet … ha ha ha :) …j’en peux plus de rire ha ha ha :)
    Non mais c’est à avoir une crise c… avec les pharmacies en Inde ! :) Comme tu disais, imaginons un peu les illettrés qui avalent des trucs qui n’ont rien à voir avec leur prescriptions : une catastrophe ! Oh my God ! et ces agents de pharmacie qui risquent leur vie à l’échelle, les dates de péremption à peine visibles, la poussière sur les medocs, le changement de couleurs des comprimés…OH Mon dieu !! ha ha ha un truc de fou.
    Heureusement que la seule pharmacie en 2 mois en Inde où je suis allé était correcte. C’était à Diu dans le Gujarat. Et heureusement ca ne nécessitait pas d’ordonnance ha ha ha :)
    Pour finir j’adhère totalement avec l’Homme de ta famille sur le coût relativement bas des médocs en Inde. Ca c’était cool :)
    Merci encore pour ce billet et pour m’avoir fait éclater de rire ce matin :)

  5. Patricia
    10 mai 2011 à 16:53 #

    Tout comme Dalou, j’ai bien ri en lisant ce billet. Et j’ai même été assez gentille pour partager la raison de mon fou rire avec ma collègue qui était assez perplexe en me voyant rire toute seule devant mon écran ;-)
    Je n’ai pas testé les pharmacies de Bombay et mon expérience se limite à de la crème anti-moustiques (ou après-moustiques… notre chauffeur affirmant que c’était un produit miracle qu’on pouvait utiliser pour quasiment tous les maux).
    Que ce soient les pharmacies ou le reste, cela confirme une chose : ce pays est un vrai poème ! ;-)

  6. Coralie
    10 mai 2011 à 20:05 #

    Et la fois où j’ai du acheter des tampax/OB/whatever à Jaipur avec un vendeur qui faisait expres de ne rien comprendre et ses 9 assistants rigolards.. Bon souvenir.

  7. 10 mai 2011 à 20:30 #

    @Cecile: disons que la confiance ne regne pas!
    @Dalou: ravie d’avoir fait ta matinee
    @Patricia: l’Odomos ?
    @Coralie: ca je suis d’accord avec toi, c’est un vrai probleme que ce soit que des mecs au comptoir. Quand tu as une ordonnance du gyneco, c’est genant… Ce sont eux aussi qui vendent les soutifs, t’as remarque ?

  8. Louise Petticoat
    10 mai 2011 à 21:23 #

    C’est super dépaysant de venir ici :) Ce truc que tu racontes sur les médicaments qui n’ont pas la même couleur entre ton séjour à l’hosto/renouvellement ça me foutrait carrément les boules!!

  9. 10 mai 2011 à 21:49 #

    @Je t’en prie Louise, reviens des que tu veux changer d’air. Comme j’ai dit a MHPA, j’ai quand meme hesite a les avaler… et puis, quand je pense a tous les pesticides interdits en europe et aux states qui sont pulverises sur mes fruits et legumes … je me dis qu’au point ou j’en suis (avant de leur jeter la pierre, ils ont 1.2 milliards de personnes a nourrir, il faut des rendements agricoles. Et autant a soigner, la medecine aussi doit depoter)

  10. Patricia
    11 mai 2011 à 16:05 #

    Oui, c’est bien Odomos ;-)
    J’avais aussi remarqué que dans les ’boutiques’ de sous-vêtements, c’étaient toujours des vendeurs hommes… j’espère que tu fais tes stocks lors de tes passages en France ;-)

  11. Dalou
    11 mai 2011 à 19:50 #

    Aaaaah l’Odomos, ca pue mais ca rien bien service ! lol qu’est ce que ca m’a sauvé en inde ! mdr lol

  12. olympe
    11 mai 2011 à 22:21 #

    je ne sais pas comment c’est possible je ne connaissais pas ce blog. dans mon reader désormais

  13. isabelle
    13 mai 2011 à 14:18 #

    Je trouvais les pharmacies mauriciennes dépaysantes mais là, à coté des indiennes, c’est peanuts… En revanche, j’ai toujours envié le système de médicaments donnés au compte-goutte juste pour la durée du traitement… en regard du gaspillage que nous avons en France.

  14. M1
    14 mai 2011 à 1:46 #

    Sans déconner ça glace le sang ! et donc y a pas de pharmacies comme dans notre partie du monde? j’imagine qu’il n’y a ni permanences ni pharmacies de nuit !
    Et donc les médocs, ça s’achète en… vrac??

  15. 14 mai 2011 à 9:06 #

    @M1: mais non, mais non, ca glace pas le sang, c’est pittoresque! Il y a bien mieux que les permanences: le telephone. A ma connaissance, la plupart des pharmacies ne ferment jamais. 7 jours sur 7 , 24h sur 24. Donc tu prends la carte de la pharmacie la plus proche de chez toi, et a 3 heures du mat, tu telephones. Livre dans la prochaine demi heure.
    Les comprimes se vendent generalement par « plaquettes ». Tu n’as ni emballage ni notice. Quand j’habitais en coree en revanche, c’etait carrement une vente au comprime. Le pharmacien reconditionnait dans des sachets de papier translucides avec le nombre exact de comprimes necessaires a ton traitement. Zero gachis.

Laisser un commentaire

cyrilleauquebec |
Chemin Rêvant |
It'll all get better in time |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Voyage aux Etats Unis
| Un an au Japon: Une Science...
| Ma vie dans 30 kg