Tu reprendras bien un peu de bouillon ?

Je ne sais pas si je peux écrire ça sans m’attirer l’hostilité immédiate de mes lecteurs (enfin, ceux qui ne résident pas à Bombay), mais j’écris ce billet confortablement installée sur mon balcon. Il est 9h30 du matin et il subiste comme une fraicheur dans le fond de l’air, une douceur juste un peu frissonnante parfois au gré de la brise, on voudrait étirer ces moments toute l’année tout en sachant bien combien ils seront éphémères. Bref, c’est l’hiver.

L’hiver à Bombay apporte la bonne humeur. Je ne cesse de m’émerveiller de la clémence du temps, le simple fait de ne pas avoir trop chaud est motif à réjouissance, j’ouvre grand mes baies vitrées et le grondement des trains et la poussière des voies envahissent l’appartement, mais qu’importe. J’annonce au chauffeur en me rendant à l’épicerie que je le rejoindrai à pied à la librairie et je porte mes paquets sans transpirer sur un kilomètre, slalomant certes entre les crottes de chien et les pavés descellés et complètement assourdie par le bruit incessant des klaxons – nul doute que les conducteurs expriment ainsi leur joie à rouler fenêtres ouvertes. Mais qu’importe. Cette période merveilleuse dure si peu, quelques semaines, un à deux mois tout au plus, qu’il faut profiter à fond de chaque moment.

A l’arrêt de bus le matin, les enfants mal réveillés ont enfilé un sweater par dessus leur uniforme. Le soir au terrain de jeu, les mères s’enroulent dans leur pashmina. Devant les bicoques misérables qui s’entassent en face du terrain de course, du charbon brûle dans des bidons. Quelques femmes recroquevillées sous des couvertures usées tendent les mains vers les flammes. Ceux qui travaillent la nuit comme les gardiens d’immeuble sortent les bonnets, les protèges-oreilles, et parfois même le passe-montagne. Dans les journaux, les conseils pour doper notre immunité durant cette période hivernale abondent. On apprend même que l’épaississement du sang provoqué par la chute des températures est propice aux accidents vasculaires.

C’est que la nuit, à Bombay, en hiver, la température chute à 19.

 

Tu reprendras bien un peu de bouillon ? dans Potin, potin, quand tu nous tiens! India_Cold_Weather_DEL108_601870522122011-300x221

Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

Inscrivez-vous

Abonnez-vous à notre lettre d'informations pour recevoir les nouveautés par e-mail.

3 Réponses à “Tu reprendras bien un peu de bouillon ?”

  1. Eve.G
    17 janvier 2012 à 14:17 #

    La chute est irresistible! :)

  2. 17 janvier 2012 à 14:25 #

    @Eve: j’ose à peine le dire, je frissonne fenêtres ouvertes dans l’appart et j’ai un peu froid aux pieds alors que je viens de vérifier la température et qu’il est censé faire 27!! Je pense que c’est à cause du vent du Nord, qui doit souffler plus fort au 18ème étage, puis l’effet de la mer, tout ça …

  3. Marie
    25 janvier 2012 à 3:44 #

    ah mais, c’est que ça fait rêver !!!

Laisser un commentaire

cyrilleauquebec |
Chemin Rêvant |
It'll all get better in time |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Voyage aux Etats Unis
| Un an au Japon: Une Science...
| Ma vie dans 30 kg