Le Maharashtra veut dévoiler ses jeunes filles.

Pas dans le centre de Bombay. Mais à Pune, à Nashik, à Jalgaon, dans ces grosses bourgades aux faux airs de province malgré leurs millions d’habitants, leurs rues encombrées, bruyantes et poussiéreuses. Dans le Maharashtra, le voile se répand chez les jeunes femmes. Elles défroissent leur Dupatta, l’écharpe qui accompagne traditionnellement le Salwar Kameez et elles s’en entourent les cheveux, ramenant un pan devant leur visage jusqu’à le recouvrir complètement, laissant juste découverte une fine ligne pour les yeux.

Le Maharashtra veut dévoiler ses jeunes filles. dans Je l'ai lu dans le journal! duppattacoveringface

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Ce n’est apparemment pas un acte religieux. Elles peuvent être hindoues, jains, même catholiques. Elles sont jeunes, en revanche. On les croise dans la rue, dans les trains, sur leurs scooters. Elles sont seules ou en groupe, semblent tout droit sorties de l’université voisine. Et ce n’est pas la tradition qui les poussent à se voiler, pas la pression familiale. Les autorités s’émeuvent, les conseils d’anciens aussi. « Mais pourquoi donc toutes ces jeunes femmes se dissimulent-elles derrière leur dupatta ? » Ce n’est pas un acte de soumission, si on en croit cette blogueuse qui écrit un billet au titre provocateur: « Why the fuck do I wear a dupatta ? » … « And why do you care ?! »

On dit que la tendance est née à Pune, qu’elle était justifiée par la volonté de se protéger le visage de la poussière, de la chaleur et de la pollution.  Tandis que les jeunes femmes modernes, habillées de jeans serrés et de hauts ajustés s’aventurent de plus en plus souvent dans la rue, qu’elles sont de plus en plus nombreuses à conduire habilement leur scooter en zigzaguant entre bus, taxis, charrettes à boeuf, à bras, chèvres et chiens, elles éprouvent le besoin de protéger leur visage des effets néfastes du soleil, et du bronzage et certains dermatologues vont jusqu’à se féliciter de la tendance, en recommandant toutefois d’éviter les écharpes synthétiques, mauvaises pour la peau. Dans les trains, dans les rickshaws, elles choisissent de se voiler pour préserver leurs cheveux mis à mal sinon par les courants d’air incessants, la poussière qu’on ne peut éviter dans les transports en commun non climatisés aux fenêtres grandes ouvertes (quand elles existent).

Mais aussi, avouent certaines, pour préserver leur identité. Personne pour questionner leurs mouvements. Personne pour les reconnaître et s’offusquer si elles jurent ou haussent le ton avec le chauffeur de rickshaw qui vient de leur faire une queue de poisson. Le voile au service de l’émancipation des femmes ? On nous a déjà servi l’argument. Et pourtant ….

Dans le Maharashtra, c’est Emoi et Controverse. Car les panchayats, ces fameux conseils d’ancien toujours créatifs quand il s’agit de réguler la vie sociale, ont décidé d’interdire le port de la dupatta pour cacher le visage, sauf pour raisons religieuses. « Elles ne sont pas musulmanes ! Qu’est-ce que c’est que cette mode de se cacher derrière leurs écharpes ? Si ce sont de bonnes filles et qu’elles ne font rien de mal, elles n’ont pas de raison de dissimuler leur identité », s’offusque avec véhémence une matrone à la télévision, sur une chaîne dévouée aux informations en Marathi.

Car c’est là que le bas blesse. La dupatta dissimulant le visage, normalement, c’est le signe distinctif des call-girls, qui la portent ainsi pour qu’on ne les reconnaisse pas dans la rue. Ou une marque de honte, comme lorsque Shaheen Dada et son amie Renu Srinivasan tentent de dissimuler leurs visages aux médias après leur arrestation pour un simple statut et un like sur Facebook – même si pour le coup la honte devrait plutôt être du côté des autorités indiennes pour avoir bafoué aussi brutalement la liberté d’expression.

shaheen-dhada-outside-jail Dupatta dans Potin, potin, quand tu nous tiens!

Sanjay Patil, le président du comité des réformes sociales du district de Jalgaon s’explique: les mariages d’amour sont de plus en plus fréquents entre les jeunes couples qui profitent de l’anonymat du voile pour s’enfuir en toute impunité. Et Vikrant Patil, politicien chevronné du NCP argue du fait: « qu’il est plus facile d’identifier et de surveiller les filles, les femmes en l’absence de voile. » Et que de nombreux parents seraient en faveur d’une réglementation qui « protègera le tissu social et culturel. »

Tandis que les Panchayats ont lancé une interdiction – qui n’a pas de valeur légale – le parti politique du NCP, fortement implanté dans le Maharashtra rural mène une campagne d’affichage intensive pour encourager les jeunes filles à « montrer leurs jolis visages ».

Que seules les musulmanes demeurent voilées. Un voile par tradition religieuse, on comprend. Mais un voile qui confère de l’impunité et de la liberté de mouvement ? Certainement pas!

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Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

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