Diamonds are for Indians

Vous avez déjà connu un de ces moments où toutes vos certitudes volent en éclat ? Ca m’est arrivé hier.

J’étais dans une ruelle d’un quartier pittoresque, bruyant, animé, à l’ombre du JJ Flyover. Je venais d’échapper à trois prêtres qui avaient tenté de me nouer un bracelet en ficelle rouge et jaune au poignet, de force. « It’s for good luck ». Je contemplais Bijal, une indienne que je n’oserais qualifier d’amie car elle en impose, mais si Bijal vous a à la bonne, comme ça semble être le cas pour moi, elle vous rend service. Bijal, comme à l’habitude, était couverte d’or et de bijoux, il faut dire qu’elle est Gujarati. Les Gujarati, c’est notre Sentier à nous. Elle était en train de négocier avec un vendeur de rue, obtenant à prix inférieur à son coût de production un paquet de bindis de couleur et un vernis jaune. Il faut dire qu’elle est Gujarati. J’admirais la taille des diamants qu’elle portait aux oreilles et au doigt quand soudain, elle me dit: Ce sont des faux. Mes vrais pierres sont au coffre, et je ne les sors que pour les mariages. Je ne veux pas avoir le stress de porter des bijoux véritables pendant la journée, au bureau, et risquer de les perdre.

J’en suis restée comme deux ronds de bindi qui s’étaient décollés et traînaient, oubliés dans la poussière (parce qu’on ne va pas me faire croire qu’à un roupie le paquet, ces bindis collent bien). C’est la première fois qu’une indienne m’avouait qu’elle portait de faux bijoux. (J’ai par contre une amie à moitié indienne qui porte des faux Louboutin et qui m’a fait jurer de ne pas la dénoncer).

Il y a quelques années, j’étais assise sur le canapé d’Anu. Comme d’habitude, je ne portais qu’une attention distraite à l’énorme caillou qui brillait à son doigt, un truc énorme que j’avais remarqué au premier jour de notre rencontre mais que j’avais immédiatement classé dans la catégorie Zyrconium. Puis, soudainement, elle avait rejeté ses cheveux – très longs, très beaux – vers l’arrière, dégageant ses oreilles. Deux diamants de taille plus que respectable y scintillaient.

Tu as vu mes nouveaux diamants ?

Ce sont des vrais ??

Anu m’avait regardée, l’air légèrement hautain: Bien sûr que ce sont des vrais, tu ne verras jamais une indienne avec des faux diamants.

Tu veux dire que la pierre de taille monstrueuse, à ton doigt, c’est une vraie ?

Elle avait ri de ma surprise: Evidemment.

Depuis, moi qui n’ai jamais été très portée sur la joaillerie, j’ai commencé à observer, à remarquer. Les bangles en diamants aux poignets de ma voisine, tandis qu’elle appuyait sur le bouton de son étage dans l’ascenseur (le liftier était en pause). Le pendentif d’une amie qui accrochait la lumière au restaurant. Les boucles d’oreilles qui ne quittaient jamais les lobes d’une autre, même pendant notre cours de pilates. J’avais même commencé à éprouver du désir, en fait essentiellement celui d’une paire de bangles en diamants (car les bangles en diamants se portent par paire, un à chaque poignet). Permettez-moi de vous dire qu’une simple paire de bangles fera tout votre chic, que vous soyez en simple jean et T-shirt, que vous soyez à peine coiffée et habillée à la va vite comme ma voisine Rohina à l’arrêt du bus scolaire le matin.

Une paire de bangles en diamants. Éventuellement quelques gouttes de Chanel numéro 5. Et rien d’autre.

Assez rapidement, nous avions établi pourtant que de tels bangles n’étaient pas dans nos moyens et l’Homme m’avait offert ça:

 

Diamonds are for Indians dans Potin, potin, quand tu nous tiens! bangle-2

 

A l’origine, j’en avais deux, l’autre était turquoise. Mais l’enchantement de mes jours en a balancé un sur le sol. Les éclats de verre coloré, ça n’a pas la solidité du diamant.

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Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

4 Réponses à “Diamonds are for Indians”

  1. Jacquelline Jhavery
    5 décembre 2012 à 12:56 #

    Helene, en general les Gujaratis ne portent jamais de faux diamants…… tu le sais bien. bises

  2. 5 décembre 2012 à 18:05 #

    @Jacqueline, c’est bien pour ça que j’étais sous le choc, une indienne Gujarati et joailliere en plus, qui avoue porter des faux diamants! Où va Bombay!

  3. Ouahida
    6 décembre 2012 à 2:54 #

    J’adore !!! Je suis fan de tes articles !!!! Tu me sors la morosité parisienne dans laquelle je vis, et je préfère mille fois tes conversation avec l’indienne Gujarati sur les vais faux diamants, à mes discussions avec les boulets de mon boulot (qui s’apparentent plutôt à de l’arrachage de cheveux, suivi obligatoirement (si je veux conserver un minimum de santé mentale) d’une séance de respiration ventrale / yoga. Merci Hélène !

  4. Dalou
    15 décembre 2012 à 0:22 #

    ha ha ha…faudra que je fasse attention la prochaine fois aux bijou des indiennes lol

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