Etre homosexuel à Bombay en 2013

Il y a quelques mois, le photographe Français Aldo Sperber (dont le travail, plein de fantaisie et d’humour se trouve ici), venait à Bombay. Nous sommes partis ensemble dans une sorte de « road trip », à la recherche de gays, désespérément. Car si, dans une certaine frange de la communauté branché et huppé de Bombay, l’homosexualité s’affiche, les choses ne sont pas si simples. Il y a la pression des familles, qui aujourd’hui encore, voudront fermer les yeux pour forcer leurs rejetons dans des mariages sans désir, destinés à produire des fils. Il y a le harcèlement de la police, qui souvent fera irruption dans les fêtes, proférant forces menaces dans le but, évidemment, d’échanger son silence et sa tolérance contre espèces sonnantes et trébuchantes. Il y a les contraintes du monde du travail, où, même dans les multinationales européennes des secteurs de la mode et du luxe, il n’est pas bon d’être perçu comme homosexuel – « pas pour les collègues de Paris, ceux-là s’en foutent, mais vis-à-vis des clients, en Inde ».

Où j’ai découvert une communauté lesbienne chaleureuse, certes, mais méfiante. Il faut dire que pour elles, s’ajoute en Inde, à la discrimination d’être homosexuelle, l’outrage d’être une femme. Et c’est dans des centres pour femmes maltraitées qu’on les rencontre.

Il a fallu courir dans tous les recoins du Bombay, des nouvelles banlieues aux allures de Beyrouth en guerre civile, tellement s’y entassent les gravas, se lève la poussière à chaque pas, jusque dans les quartiers coloniaux, verdoyants et tranquilles de Bombay sud. Mais on les a trouvés, ces homosexuels prêts à s’afficher, en toute sérénité, sûrs de leurs choix « même si pour mon père, qui est musulman, ça reste un non-dit ».

Tandis que la société française se déchire pour savoir s’il faut autoriser les homosexuels à se marier, s’ils peuvent former un « vrai couple » et donc « fonder une famille », en Inde on en est encore, pour les gays, à éviter le mariage forcé avec un membre du sexe opposé. Les combats juridiques sont loin d’être gagnés – même si en août 2009, la haute-cour de justice de Delhi a estimé que l’article 377 du code pénal  - qui pénalise l’homosexualité – constituait une violation des droits fondamentaux de l’individu. Et la police vient de refuser la tenue de la prochaine gay pride, prévue pour le 2 février et qui en était pourtant à sa cinquième édition.

Voici quelques-unes des très belles photos prises par Aldo. Des hommes et des femmes courageux, drôles, intègres. Une communauté qui ne mérite pas des droits au rabais. Cette série, j’aimerais l’envoyer à tous ceux qui militent contre le mariage gay, et je leur demande, si c’est ce qui fait la fondation du mariage aujourd’hui, c’est le désir et l’amour, et non les alliances de famille, et non les arrangements financiers, quelle justification existe-t-il à dénier le mariage à deux personnes qui s’aiment ? L’amour a-t-il moins de valeur, quand il concerne deux personnes de même sexe ? Ou alors deux personnes de castes différentes, de milieux différents ? N’existe-t-il qu’une catégorie dans laquelle on a le droit de puiser, qu’une seule case à cocher ?

 

Etre homosexuel à Bombay en 2013 dans Spleen des rues arif-et-inder-en-couple-depuis-7-ans

Syed et Inder, en couple depuis 7 ans copyright Aldo Sperber

 

sonal-et-prashansa Discrimination dans Spleen des rues

Sonal et Prashansa militent pour les droits gays et lesbiens, copyright Aldo Sperber

deepak-et-jerry-en-couple-depuis-4-ans Gay Bombay

Deepak et Jerry, en couple depuis 4 ans, copyright Aldo Sperber

 

quai-de-gare Homosexualité

En attendant le train, copyright Aldo Sperber

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Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

Une réponse à “Etre homosexuel à Bombay en 2013”

  1. Marie
    6 février 2013 à 13:29 #

    woow, cette série de photos est superbe. Merci pour la découverte.

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