24 heures de leurs vies (14): Monisha, nez, reconnaît toutes les odeurs de l’Inde

24 heures de leurs vies (14): Monisha, nez, reconnaît toutes les odeurs de l'Inde dans 24 heures de leurs vies monisha11

L’Inde assaille les glandes olfactives. Ça commence généralement au sortir de l’avion, une petite odeur dans l’air, mélange de poussière et de serviette mal séchée qui semble coller aux parois des longs couloirs du terminal, pourtant récemment rénové et climatisé. A l’extérieur, les gaz d’échappement viennent alourdir encore l’atmosphère, lui conférant une certaine âcreté – qu’on oublie vite, cependant, alors que l’assaut sensoriel s’étend à l’ouïe, au son strident et même stressant des klaxons tandis que vous cherchez, du regard le stand des taxis ou la pancarte du chauffeur venu vous attendre, pancarte perdue parmi ses soeurs qui s’agitent, se pressent telle une forêt …

Le lendemain, il y aura, à l’approche des temples, l’odeur d’encens. Devant un étal, celle des fruits. En dépassant un restaurant, celle des épices. Dans la foule des corps, l’odeur de la sueur, parfois, se fait plus forte. Et alors que l’on contourne un tas d’ordure, des déjections d’origine animale, les mouches se lèvent, on plisse le nez pour ne pas les laisser rentrer, mais les odeurs, elles, s’infiltrent… Heureusement, au feu rouge, il y aura la petite vendeuse de colliers de frangipanier. Leur parfum entêtant emplit le taxi .

Au bout de quelques temps, les glandes saturent, on s’habitue, et seuls les odeurs les plus agressives parviennent à franchir la barrière qu’ont érigée nos sens. Et dans la cuisine, mon nez d’occidentale sera le seul à remarquer le relent d’égout qui remonte sous mon évier. Le plombier, lui, vraiment ne sent rien.

Alors, quand on m’a parlé de Monica, nez, j’ai tout de suite voulu la rencontrer, ça m’intriguait: comment survit-on, à Bombay, quand on a des capacités olfactives sur-développées ? J’ai appelé Monica, elle m’a donné rendez-vous à son bureau, en tout début de journée. Appelez-moi si vous avez du mal à trouver..

Je ne sais pas, exactement, ce que j’avais en tête … Les boutiques à la fois chics et surannées de vieux parfumeurs parisiens ? Des laboratoires high-tech peuplés d’hommes en blouses blanches ? Des collines tapissées de fleurs ? Je n’imaginais peut-être pas cet entrepôt gris, sombre et poussiéreux, où s’entassent des entreprises diverses et variées, dont on aurait tort de vouloir déduire le chiffre d’affaires et la bonne santé à partir d’indices aussi trompeurs que la couche de poussière, l’âge des armoires et l’absence de superficie. Je n’attendais pas cette porte étroite, presqu’anonyme, ouvrant sur un espace qu’on qualifiera plus d’encombré que de paysagé, ce couloir en slalom avant que Monisha ne m’installe sur une chaise, face à un plan façon laboratoire, dans un bureau étroit, voire étriqué. Mais bientôt, Monica évoque son travail, partage un peu de sa vie, me montre ses flacons d’essence, m’en fait sentir quelques unes que je ne parviens pas à nommer. Je l’écoute, fascinée et admirative, moi qui travers l’Inde le nez perpétuellement bouché.

Pour lire l’interview de Monica et découvrir ses trucs de parfumeuse, cliquez ici! 

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Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

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