Viol de Bombay, de Delhi ou d’ailleurs …

Aujourd’hui, j’avais prévu de vous parler de la Shining India. Celle qui développe des entreprises modernes et efficientes. Celle qui envoie ses filles faire des études supérieures à l’étranger. Celle qui, forte de ses trois cent millions ou quelques individus (taille estimée de la classe moyenne), représente un formidable marché qui fait rêver les occidentaux.

Evidemment, l’actualité en a décidé autrement. Il parait qu’on vous a déjà informé, en France, du viol de Bombay. Celui qui a eu lieu jeudi vers 18h, en plein jour, en plein cœur de la ville. Ce quartier, c’est le mien. Cette gare de Mahalaxmi, c’est celle dont je vous parle souvent, dont les rails s’étirent sous mes fenêtres. L’usine désaffectée, c’est celle où je vais me promener régulièrement, où j’emmène les visiteurs, que j’ai explorée sous toutes ses coutures avec le photographe Aldo Sperber, parce que c’est un endroit qui dégage de la magie, du mystère. Des ruines qui se dressent au milieu d’herbes folles, abritant quelques décharges et où les enfants du quartier se faufilent en courant, batte à la main quand vient le soir, pour jouer au cricket.

 

Viol de Bombay, de Delhi ou d'ailleurs ... dans Je l'ai lu dans le journal! 23shakti-mills04

Alors évidemment, à Bombay, on en a parlé, et peut-être parce que la victime était journaliste, à l’étranger aussi. Le viol et le meurtre d’une fillette de 8 ans en Orissa n’ont eux mérité qu’un entrefilet en page 12. La condamnation d’un vieillard pour avoir molesté ses deux petites voisines n’a elle aussi pas justifié plus de quelques lignes. Les viols, malheureusement, sont monnaie courante.

Il y a ceux et celles qui se demandent qui sont les violeurs. Et la réponse, dans la classe moyenne indienne est quasi-unanime: les violeurs, ce sont ces immigrés du Bihar et de l’Uttar Pradesh, qui arrivent de villages arriérés où les femmes sont maltraitées, qui n’ont reçu aucune éducation et qui, confrontés à la vision de femmes qui arpentent, semble-t-il librement, les rues de Bombay ou de Delhi, ne savent pas gérer leur frustration, et prennent par la force celles qui leur sont inaccessibles.

Je me dis, tout de même, que l’immigré d’ici est le natif de là-bas. Alors, qui sont les violeurs de Patna, la capitale de l’état du Bihar ?

Il y a ceux et celles qui se demandent pourquoi ils violent. Certains propos ont un air de lutte des classes. Une jeune femme, ce matin, me disait que nous, les habitants des tours étions, pour ceux des bidonvilles qui survivent à nos pieds, l’ennemi. Que les hommes de ses quartiers nous en voulaient, qu’ils étaient jaloux de notre aisance financière, de notre espace. Une jalousie qui peut sembler justifiée lorsqu’on sait que la plupart des tours dans lesquels nous vivons ont été érigées à la place d’anciennes usines aujourd’hui fermées, que j’ai un endroit où dormir là où cet homme des bidonvilles avait autrefois un travail. Alors c’est pour ça qu’ils violeraient nos filles, nos sœurs de la classe moyenne, celles qui étudient, celles qui travaillent. Celles qui ont leur place dans la Shining India.

Je lui réponds que, toute tragique que soit cette histoire, j’ai cette intuition que les femmes des bidonvilles sont elles-mêmes confrontées au viol de manière bien aiguës que nous, les femmes des tours. Et que des femmes des classes moyennes sont violées elles aussi chaque jour par des hommes de la classe moyenne, le plus souvent dans leurs propres familles.

Il y a des psychologues qui accusent la pornographie et mettent en cause les smartphones bon marché, parce qu’ ils permettent à tout un chacun d’accéder à Internet et son florilège de femmes dévêtues, réduites à l’état d’objet.

Je ne pense pas que la pornographie ait un effet positif sur la sexualité humaine, mais c’est une vision personnelle. En revanche, je me demande si vraiment, accentuer la fracture digitale en réservant les smartphones et l’accès à internet aux personnes aisées et éduquées , c’est le moyen d’éradiquer la violence rampante de la jeunesse.

Il y a ceux qui se demandent comment on pourrait empêcher ces viols. Et dans un pays où la peine de mort est toujours appliquée, à part quelques voix dissonantes, beaucoup s’accordent à penser que ce qu’il faudrait, ce sont des punitions dissuasives, qui frappent suffisamment les esprits pour que les violeurs « y réfléchissent à deux fois », avant de se lancer dans leurs actes ignominieux. Supriya Sule, députée et fille du président du NCP – parti membre de l’actuel coalition au pouvoir-, s’est ainsi déclarée en faveur « de pendaisons publiques pour les coupables », afin d’envoyer un message fort à la société.

Personnellement, j’ai des doutes sur le recours à la barbarie pour décourager la barbarie, mais en Inde, je me sens souvent un peu seule sur le sujet. Les indiens ne sont pas le peuple pacifique que Gandhi nous a laissé imaginer. Les indiens, souvent, croient à la dent pour une dent et l’œil pour un œil.

Ce que je me dis, c’est que tout commence quand cette jeune fille de 18 ans, et souvent même pas, est mariée par ses parents à un inconnu, après de longues et me semble-t-il sordides négociations sur le montant de la dot. Et qu’elle devra, pour cet inconnu, ouvrir les cuisses, parfois pas même le jour du mariage, non, mais quelques jours après, parce que des prêtres auront décidé du moment de meilleur augure pour la consommation dudit mariage. Qu’on attendra d’elle qu’elle serve, son mari, ses beaux-parents. Ou peut-être bien que tout cela commence beaucoup plus tôt, lorsqu’une jeune femme enceinte est emmenée par sa belle-mère chez un médecin, et qu’il usera de quelques mots codés pour révéler le sexe de l’enfant qu’elle attend.

Ces violences ordinaires là ne sont guère relevées que par des statistiques. Au-delà du caractère tragique d’un viol médiatisé, ce sont elles qui font la difficulté d’être une femme en Inde aujourd’hui.

 

 

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Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

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18 Réponses à “Viol de Bombay, de Delhi ou d’ailleurs …”

  1. Victoria
    26 août 2013 à 14:32 #

    Selon la presse Indienne, les auteurs du viol de Bombay sont des multi-récidivistes. Ce sont donc tout simplement des malades. Non ?

  2. 26 août 2013 à 14:37 #

    Bonjour Victoria est bienvenue sur mon blog. Je crois surtout que ce sont de petites frappes, d’après ce que j’ai pu lire dans la presse, casiers judiciaires, vols, violences, usage de drogues etc … Malades ou malfrats ?

  3. Gilles
    26 août 2013 à 15:18 #

    Ces viols répétés et particulièrement violents sont le reflet de la société indienne, violente et injuste avec son système de caste qui exclue toute possibilité d’ascension sociale pour les basses castes.
    Ils sont la réponse bestiale à une frustration de classe. J’y vois une sorte de vengeance envers une société où si on nait pauvre on le reste et où en plus on est méprisé. L’accès à la pornographie n’a rien à voir, il ne faut pas chercher les causes à l’extérieur.

    Gandhi était une exception, son pacifisme était une réaction à la violence de cette société et non le reflet de celle-ci.

  4. 26 août 2013 à 15:22 #

    @Gilles, bonjour et merci de votre commentaire sur mon blog. Je suis tout à fait d’accord pour Gandhi. Et si la société indienne est évidemment violente et injuste et ce que vous dites sur le système des castes est juste, je ne crois pas qu’on puisse réduire les viols à une frustration de classe; Dans les milieux « élevés », la situation des femmes peut également être difficiles, avec violence etc … Je crois que c’est toute une société qui n’accorde aux femmes qu’une valeur au rabais

  5. Victoria
    26 août 2013 à 17:43 #

    Bonjour Helene, en France la justice demande aux violeurs de se soigner. Ces hommes sont sans doute à la fois des malfrats et des malades. Gandhi battait sa femme, c’est elle qui lui a appris la non violence, dit-on…

  6. sébastien
    26 août 2013 à 19:56 #

    Bonjour,
    Ne connaissant pas la société indienne, je découvre effectivement une violence envers les femmes insupportables (c’est pas forcement mieux chez nous) via le relai des médias ces deux dernières années.
    Ce qui m’apparait nouveau à la lecture de votre article et du commentaires de Gilles c’est que cette violence est partout, ne date pas d’hier (loin de la à priori) et que Gandhi n’était qu’une sorte de leurre cachant une réalité beaucoup moins rose.
    je me trompe?
    Merci Sébastien

  7. 26 août 2013 à 20:22 #

    Bonjour Sebastien, c’est toujours difficile, face la montée d’un phénomène, de réaliser ce qui relève de la médiatisation, de statistiques plus justes (avec par exemple le fait que les femmes portent plainte plus fréquemment qu’avant) ou d’un véritable accroissement, ici de la violence. La position défavorable des femmes est ancienne et répandu à l’ensemble de la société – par exemple, le sati, l’immolation des veuves sur le bucher, a été interdit par les anglais. Je ne pense pas que la violence soit nouvelle, bien au contraire. En revanche, je m’interroge sur les migrations, l’afflux de population dans les grandes villes, populations en condition très précaires, en promiscuité, je pense que peut-être, le relâchement des liens sociaux, des structures qui en résultent jouent un facteur aggravant dans la violence.
    PS: si, c’est mieux en France. La femme française, comparativement parlant, reste privilégiée.

  8. Paz
    26 août 2013 à 21:50 #

    Bonjour,

    Concernant le viol et à vue d’ailes (=suite consultation rapide de quelques chiffres sur internet) :

    Etats-unis : 95 136 viols par an = 1 pour 3 310 habitants
    Inde : 15 468 viols par an = 1 pour 78 239 habitants
    Afrique du sud : 52425 viols par an = 1 pour 965 habitants

    Sous réserve de l’exactitude des chiffres que j’ai trouvés :
    Sources :
    >http://www.planetoscope.com/Criminalite/1202-nombre-de-viols-commis-dans-le-monde.html
    >http://www.populationmondiale.com/#sthash.GKc6bqBE.hgU2XaIQ.dpbs

    >Pour ceux qui voudront et auraient le temps de faire une analyse d’investigation. (Quelques journalistes aimeraient-ils se pencher sur le drame de millions de femmes dans le monde … ? )

    Cordialement !!

  9. 26 août 2013 à 21:58 #

    @paz, bonjour et merci pour ces stats. Je ne me risquerais pas à la comparaison Etats-Unis/Inde mais ce qui est certain c’est que vu le stigma social attaché au viol, et surtout l’apathie de la police (qui parfois refuse de prendre les plaintes) voire son hostilité (comportement soupçonneux, jusqu’à, ca s’est vu, viol au commissariat de la violée !!!), ces chiffres sont sous estimés.
    Autre chiffre, que je trouve toujours tellement délirant que j’ai du mal à le croire; en Inde, les stats indiqueraient que 1 enfant sur 2 est soumis à des maltraitances d’ordre sexuel, d’après une enquête commissionnée par le gouvernement; Ce qui est sur, c’est que le cas de viol sur enfants rapportés chaque jour dans le journal – et dans l’indifférence quasi générale sauf lorsqu’il s’agit d’enfants de la classe moyenne – est hallucinant rien que pour la ville de Bombay
    http://articles.timesofindia.indiatimes.com/2007-04-10/india/27883340_1_child-abuse-sexual-abuse-corporal-punishment

  10. MHPA
    27 août 2013 à 2:09 #

    Terrible. A chaque fois que je vois, enfin que je lis ça, ça me ramène toujours à Phoolan Devi (oui mon côté romantique…) et au film que j’avais vu il y a bien longtemps. (sauf que sa réalité ne l’était pas romantique, même si sa vie, et notamment au cinéma, fut certainement romancée).
    Il n’y aurait peut-être qu’une révolte radicale des femmes (d’où la radicalité de proposition genre pendaison…), si déjà elles ont accès au pouvoir autrement que par l’entremise des hommes ou d’un système scrupuleusement organisé autour d’eux, non ?
    Ou alors carrément une sorte de changement de régime (je suppose que dans ce cadre tout ce qui doit permettre à la femme de sortir de sa cuisine et de s’émanciper doit être sujet à défiance)
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Ph%C3%BBlan_Dev%C3%AE

  11. 27 août 2013 à 7:04 #

    @MHPA: je ne crois pas trop à la révolte radicale dans un pays de 1,2 milliards d’habitants, avec des langages différents, des religions différentes. Je croirais plutôt à l’éducation, à la volonté du gouvernement, au travail de sape du mouvement féministe naissant …. et à 2 ou 3 décennies. Au moins.
    Ceci étant, pour satisfaire tes sympathies révolutionnaires ;-) , il existe ici une guérilla maoïste, dont on parle peu en Europe mais qui maitrise pourtant une partie non négligeable du territoire; La guerre entre gouvernement et maoïste est quotidienne et sans pitié – des escadrons entiers de militaires se font parfois massacrer, avec têtes décapitées et autres joyeusetés, mais ceux qui sont soupçonnés de sympathie à l’égard de ces mouvements sont expédiés en prison manu militari. Je connais mal le dossier, mais j’avais eu l’occasion de rencontrer un écrivain qui s’est immergé près de deux ans avec la rébellion pour écrire un livre, récit, ici
    http://helenelecuyer.unblog.fr/2008/09/19/mao-a-malabar-hill/

  12. 27 août 2013 à 7:05 #

    @MPHA: PS: enfin, quand je dis escadrons, c’est manière de parler, je n’ai pas de vocabulaire militaire, je veux juste dire, des groupes de militaires envoyés en patrouille dans la jungle!

  13. Mélanie Talcott
    27 août 2013 à 9:43 #

    Bonjour Hélène

    J’ai vécu cinq ans en Inde. Le viol y est monnaie quotidienne. Actuellement, il fait souvent la une des manchettes et chacun a une opinion sur les faits et ses solutions. Or, la maltraitance des femmes (et des enfants) augmente partout dans le monde, inclus dans nos sociétés moralisantes. Au pays du kama sutra, la sexualité est tabou, l’alcool, souvent roi et la frustration, partout. Entre autres…
    Et vous avez raison, Les indiens ne sont pas le peuple pacifique que Gandhi nous a laissé imaginer. Loin de là… Gandhi lui-même ne l’était pas…Mais c’est une autre histoire…

  14. MHPA
    27 août 2013 à 10:52 #

    Je ne voulais pas parler de guérilla armée, hein, mais plutôt dans le sens que tu exprimais : Education + Temps + Hommes laissant une possibilité d’évolution aux femmes, mais ceci dit si rien (dans la loi, la coutume, les mœurs, les évolutions sociétales) ne le permet et le favorise, j’ai du mal à croire que ça se fera tout seul.
    (bien de mettre ça simplement sous couvert de l’éducation, mais concernant les hommes il y a certainement des baffes qui se perdent)

  15. 27 août 2013 à 13:36 #

    @melanie Bonjour Mélanie, et merci pour votre commentaire. Oui, je pense personnellement que le tabou sur la sexualité – traduit par exemple par les censures ridicules sur les films où on peut s’entretuer mais pas s’embrasser – ne fait qu’accentuer la violence. Et oui, l’alcoolisme – et le bhang – sont des problèmes

  16. Patricia
    27 août 2013 à 14:39 #

    Toutes ces histoires de viol avec violence sont horribles et rien n’excuse de tels actes. Et il est vrai que la femme indienne a souvent une place que peu de gens lui envient. Mais de là à faire une généralité sur l’Inde et les hommes indiens, je trouve que les médias vont un peu vite.
    En France, on a tendance à comparer les chiffres relatifs à l’Inde aux chiffres relatifs à la France. Or, il serait plus juste de comparer l’Inde à l’Europe toute entière, un peu comme les statistiques de Paz.
    En plus du tabou sur la sexualité, est-ce que le manque de femmes (en raison de la « sélection » faite à la naissance) ne serait pas aussi un facteur qui « expliquerait » ces actes odieux ?

  17. 27 août 2013 à 14:51 #

    @Patricia: je pense que dans la société indienne , l’égalité homme-femme n’existe pas; même mes copines, qui appartiennent à des milieux éduqués et huppés, sont en position de subordination dans le couple. Comme me disait Sonya (la designer, dans mes portraits de femme), tu peux être la boss au bureau, quand tu rentres chez toi, tu es à nouveau au service de ton mari et de ta belle-mère.
    Ensuite, évidemment que toute les hommes indiens ne sont pas comme ça. Je pense cependant que la sexualité ici est assez misérable (enfin, c’est ce que m’ont parfois dit des indiennes), entre manque d’éducation, promiscuité etc …
    Je ne suis pas sure que le manque de femmes explique ces actes odieux (même si c’est vrai que les hommes indiens immigrés sont sans autre accès à la femme que la prostitution), je crois plutôt qu’ils sont l’illustration du même phénomène.
    Après, comme je disais à ma mère qui m’a dit au téléphone tout à l’heure: « faut faire attention quand tu te promènes dans ton quartier », le risque existe partout, partout dans le monde, d’être agressé, pris dans un attentat terroriste, renversé par une voiture etc …. On ne peut pas vivre dans la paranoïa. Je ne suis pas sûre, pourtant, que j’aménerais mes visiteurs de France visiter Shakti Mills de si tôt.

  18. Marie
    28 août 2013 à 1:08 #

    c’est vrai qu’on en a bcp entendu parler ici…

    Oulala, merci pour la découverte, le travail de ce photographe est de toute beauté !!!

    (il faut vraiment que je prévoie l’Inde dans mes projets de voyage futurs…)

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