Monisha, nez, reconnait toutes les odeurs de l’Inde, et plus encore!

Monisha, nez, reconnait toutes les odeurs de l'Inde, et plus encore! monisha1Je m’appelle Monisha Mullick, j’ai 50 ans et j’habite à Bombay, Inde. Je suis « Nez ».

Je travaille depuis 30 ans. J’ai fait des études de chimie, puis rejoint, en 1978, Lakme, seule entreprise de cosmétique en Inde à l’époque. J’ai été la première femme de leur équipe en recherche et développement. Je me suis mariée, j’ai complété ma formation en cours du soir, par un diplôme de management. Changé d’entreprise. Aujourd’hui, je suis directrice créative. Je crée des fragrances pour les produits de toilette. Je reconnais entre 1500 et 2000 odeurs différentes. Mais surtout, je les nomme ! C’est ce qui fait la différence avec une personne normale, qui est capable de reconnaître les odeurs (Oh cette odeur me rappelle mon enfance !) mais pas de les nommer. Ce que ça change dans mon quotidien ? Cela me rend plus réceptive. Je remarque les odeurs dans l’air, elles me donnent des idées.  Je suis aussi plus sensible aux couleurs. Les couleurs et les odeurs sont liées !

Le plus terrible, c’est quand j’ai un rhume, alors là, je n’ai plus qu’à faire mon administratif. Sinon, je ne prends pas de précautions particulières. Ce n’est pas fatigant, de respirer des odeurs. Mais la première chose que je fais le matin en arrivant au bureau, c’est sentir 5 ou 6 essences que je n’ai pas senties depuis très longtemps. Cela entretient ma mémoire.

Ce qui me frustre, parfois, ce sont les spécificités du marché local. Le client indien n’est pour l’instant pas très raffiné. Il préfère la force des odeurs à leur subtilité. Et puis, le coût est un facteur important. Nous devons travailler avec les essences les plus économiques. D’un autre côté, c’est une discipline. Mais parfois j’aimerais pouvoir être plus créative, travailler avec des essences plus rares…

Je crois que le fait que je sois une femme a eu un impact très positif sur mon travail. Comme il y a moins de femmes parfumeurs (pas plus d’une vingtaine dans toute l’Inde), on me connaît ! Et d’une manière générale, je trouve qu’il est mieux d’embaucher des femmes : elles sont plus dévouées, plus loyales, et savent mieux se concentrer sur un objectif. Les hommes viennent, apprennent et partent ailleurs !

Je gagne 40 000 euros par an. Je pense que je pourrais gagner plus si j’étais avec une multinationale, mais je ne suis pas sûre que j’aurais les mêmes opportunités. Ici, je voyage beaucoup, je me rends en France, en Espagne, en Angleterre, en Asie … Je participe à de nombreux séminaires. J’enseigne à l’université aussi, car j’aime partager mon savoir. Dans mon métier, il y a le défi d’en apprendre toujours d’avantage, et il faut savoir qu’il n’existe pas de raccourci.  Il faut au minimum 8 à 10 ans avant de pouvoir se dire parfumeur ! Avoir l’esprit ouvert, savoir qu’il faudra absorber énormément de connaissances. Et s’entraîner, s’entraîner tous les jours ! Mais c’est vraiment un métier qui amène des satisfactions.

J’ai 2 enfants, ils ont 16 et 18 ans. Je n’ai pas trouvé si difficile que cela de combiner ma vie de famille et mon travail. Mais il faut dire qu’en Inde on est beaucoup aidée ! J’ai arrêté de travailler 2 ans, quand mes enfants étaient tous petits, mais ça a été la pire période de ma vie. Je me sentais frustrée, je n’avais aucune stimulation intellectuelle.

Je suis très heureuse, mais j’ai encore quelques rêves à accomplir : ouvrir ma propre boutique de parfumerie, où je créerais des parfums sur mesure. Voyager encore, et apprendre le français. Dans mon métier, c’est très utile.

Le matin, je me lève à 6h30 pour partir au bureau à 9h30. Durant ces 3 heures je suis très occupée ! Je fais de la gym et je cuisine les déjeuners que toute la famille va emporter, et le dîner ! Selon mon humeur, je m’habille à l’indienne ou à l’occidentale. Il me faut un quart d’heure pour conduire au bureau. Je prends mon déjeuner sur place, avec mes collègues, en 30, 45mn maximum. En sortant du bureau, je vais à mon cour de Tai Chi, sinon je rentre à la maison. Je lis les journaux, que je n’avais pas eu le temps de lire le matin. Puis nous dînons, à la maison ou bien, une ou deux fois par semaine, à l’extérieur avec des amis. Et à 23h30, je dors !

Pour tout combiner, je pense qu’il faut de l’organisation, de la discipline, un peu d’aide extérieure et pouvoir compter sur le support familial !

Et mon parfum ? J’y suis très fidèle ! Il s’agit de Narciso for her, par un couturier cubain, Narciso Rodrigues.

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