Sadhana, 21 ans, habite un bidonville

p1020627.jpgJe m’appelle Sadhana Amit Gupta, j’ai 21 ans, et j’habite dans un chowl* à Bombay, Inde.

Je me suis mariée il y a un an et je suis enceinte de 7 mois. Mon mari était très pressé d’avoir des enfants ! C’est un mariage arrangé, mais aussi un mariage d’amour. Il m’a choisie. Il m’a remarquée et est allé demander ma main à mes parents. C’était la première demande que je recevais, mais lui aussi m’a plu ! Désormais, j’habite avec mon mari, mes beaux-parents, mes 3 beaux frères et ma belle-sœur. Nous habitons une pièce d’environ 15 mètres carrés avec une mezzanine qu’on rejoint par une échelle. Mon mari et moi dormons en haut. Le reste de la famille, en bas.

Je me lève tous les jours à 7 heures. Avant, je me levais à 6 heures, mais avec la grossesse, je me sens vraiment fatiguée. La première chose que je fais ? Faire chauffer l’eau pour la toilette. Nous n’avons pas l’eau courante dans notre habitation. Mais à l’étage de notre chowl, il y a un point d’eau pour 11 familles. L’eau arrive tous les après-midi, pour 2 heures. Il faut faire la queue, remplir les seaux. C’est mon beau-frère qui s’en charge. Ensuite, je cuisine le petit-déjeuner et je prépare le déjeuner à l’avance pour toute la famille. En ce moment, ma belle-mère m’aide parce que je suis enceinte, mais je ne suis pas sûre que ça va durer. Dans ma communauté (nous sommes des hindous de l’Uttar Pradesh), les belles-mères ne font rien, elles se font servir par leurs belles-filles ! A 8 heures, je quitte la maison, sans oublier de rabattre le pan de mon sari de manière à cacher complètement mon visage. Si je sortais dans la rue à visage découvert, ça ferait jaser et ça déplairait à ma belle-famille. En revanche, quand j’arrive au travail, je me découvre. Personne ne me connaît ici ! J’ai 45 minutes de train pour venir. Je suis censée arriver à 8h30 mais depuis que je suis enceinte, tous les matins j’ai ¼ d’heure de retard !

Je travaille pour une ONG et je suis institutrice de maternelle. Je m’occupe d’enfants du bidonville dont je suis originaire. J’aime beaucoup mon travail. J’ai eu la chance d’aller à l’école jusqu’à la terminale, et je rêvais de faire des études d’institutrice, mais c’était trop cher, 3000 euros. Alors j’avais renoncé à mon rêve. Mais lorsque cette ONG est arrivée et a ouvert cette école, j’ai sauté sur l’occasion ! J’ai reçu une formation gratuite de 6 mois avant de commencer. Au début, je gagnais 25 euros par mois. Maintenant j’en gagne 50. Je remets mon salaire à mon mari. Lui gagne 70 euros par mois. J’ai l’intention de travailler le plus tard possible avant l’accouchement. Après, j’aimerais pouvoir reprendre, au bout de 3 ou 6 mois. Mon mari dit qu’il est d’accord, qu’il accepte que je travaille, mais il faut que ma belle-mère veuille bien s’occuper du bébé !

Je fais la classe de 9h à midi. Ensuite, il faut nettoyer, préparer la journée du lendemain, participer à des réunions. Je quitte mon travail à 17 heures. Quand j’arrive à la gare, il ne faut pas que j’oublie de recouvrir mon visage !

Lorsque j’arrive à la maison, je m’assois, je suis tellement fatiguée. Puis mon beau père me dit : « Sadhana, fais-moi du thé ! » et je recommence à travailler. Je prépare le dîner du soir, ça me prend 2 heures environ, mais je ne me presse pas. Toute la famille est végétarienne, sauf mon beau-père et moi. Quand je prépare de la viande (avec des ustensiles séparés), ma belle-mère plisse le nez d’un air dégoûté, mais comme c’est aussi pour son mari, elle ne peut rien dire ! Quand j’ai terminé, souvent il est 20h30, je fais la vaisselle, nettoie par terre, puis j’attends le retour de mon mari pour dîner. Dans ma communauté, les femmes n’ont pas le droit de manger avant les hommes. Après dîner, nous regardons la télé en famille, mais souvent, je m’endors devant l’émission ! Vers minuit, minuit trente, nous montons nous coucher. C’est le temps pour le mari. En ce moment, il se fâche, il trouve que je ne lui donne plus de temps. Mais je suis tellement fatiguée aussi…

Le dimanche, mon mari cuisine pour moi, la cuisine chinoise. Ma belle-mère, ça ne lui plait pas, mais alors pas du tout ! Mais moi j’adore ça. Et quelquefois, on va tous ensemble au cinéma, voir un film Bollywood. J’adore les comédies.

Je n’ai jamais de temps pour moi, c’est sûr. Avant de me marier, je m’épilais, je faisais des masques pour le visage. Là je ne fais plus rien du tout, à part huiler mes cheveux un jour sur deux ! Mon moment favori de la journée, c’est le soir, quand j’ai terminé toutes mes tâches, et que je sais que je vais enfin pouvoir me reposer ! Et mon porte-bonheur, c’est tous les matins, quand je pars au travail, je monte voir mon mari, qui dort encore, et il me dépose un baiser sur la joue. Oui je crois que je suis heureuse.

Mais Sadhana, vous êtes enceinte de 7 mois, comment vous faites pour tenir le coup, avec des journées pareilles ?

Je pense à ma famille, et à l’avenir.

* Les chowls sont d’anciens dortoirs ouvriers, dans des bâtiments en longueur de 3 à 4 étages, généralement composés de pièces uniques de 10 à 15 mètres carrés, avec sanitaires (toilettes, point d’eau) à l’étage .Depuis la fermeture des usines textiles, ils abritent désormais la classe populaire supérieure, voire la classe moyenne inférieure.

 

 

 

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