Sonya, 46 ans, styliste

sonya1.jpgJe m’appelle Sonya Khan, j’ai 46 ans et j’ai créé en 2001 « the Yellow Leaf Company », une entreprise de design textile. Je voudrais d’abord dire que je viens d’une famille Gandhienne. Mon père a été emprisonné au temps du Raj (empire des Indes britannique) parce qu’il luttait pour l’indépendance,  ma mère a participé aux grandes marches de Gandhi. Toute sa vie, mon père a porté le Khadi (vêtement traditionnel Indien « non-violent »i), c’était une façon pour lui de soutenir les industries villageoises indiennes. J’ai été imprégnée de ces valeurs durant mon enfance. Ce n’est pas quelque chose de conscient, mais quand j’y réfléchis, c’est évident que cela a influencé mon travail. 

J’ai toujours été fasciné par les textiles indiens. Leur originalité, leur caractère unique. J’ai toujours aussi ressenti très profondément mes racines ethniques. Et puis, sans doute le résultat de tous ces étés passés à travailler en tant que bénévole dans les villages indiens (toujours mon éducation gandhienne !), j’ai développé un grand respect et une fascination pour ce sens de l’esthétisme qu’on retrouve jusque dans les plus pauvres des tribus. J’ai travaillé pendant 20 ans dans la publicité, avec beaucoup de succès. J’ai eu des prix.  Mais au fil des ans, j’ai senti que je stagnais dans cet univers. En 2000, j’ai décidé de sauter le pas. Parce que je ne trouvais nulle part des vêtements correspondants à cette esthétique ethnique, épurée, que je recherchais, j’ai décidé de monter ma propre marque de vêtements. Au départ, j’ai conservé mon emploi à mi-temps dans la pub. Au bout de 6 mois, je me suis complètement lancée. 

Ma marque devait s’appeler « Rain ». J’avais déposé le nom, j’avais même imprimé le papier à lettre à en tête. Et puis j’ai découvert qu’à Delhi, quelqu’un utilisait déjà « Rain ». Selon la loi indienne, l’antériorité de l’utilisation l’emporte sur l’enregistrement. Et je ne voulais pas perdre mon énergie en bataille juridique. J’ai décidé de chercher un autre nom. Et il est venu … magiquement. J’étais au téléphone, dans la rue, j’égrenais des noms à une amie, et elle me disait, non, non. J’étais découragée. Et je suis arrivée devant ma porte. Et de nulle part, a surgi une feuille jaune, elle a volé devant moi avant de se poser sur ma chaussure, parfaite.  J’avais trouvé, ma marque s’appellerait « The Yellow Leaf company » ! J’ai démarré sans savoir par où commencer, comment m’y prendre, qui rencontrer. J’ai rassemblé mes économies pour financer un voyage à travers l’Inde, à la rencontre des tisseurs et teinturiers traditionnels. Je crois que quand on veut quelque chose vraiment très fort, l’univers tout entier conspire pour nous aider. J’ai rencontré les bonnes personnes. J’ai acheté mes tissus, j’ai monté ma première collection, et 6 mois après j’avais tout vendu ! Et j’étais rentrée dans mes frais. 

Je n’ai pas fait d’étude de marché. Je savais juste que je ne trouvais nulle part les vêtements que j’aimais. Je n’ai pas fait de business plan non plus. J’ai raclé les fonds de tiroirs et j’ai mis 35000 euros sur la table, en priant pour que ça marche. J’ai loué des locaux pour une boutique, acheté des machines, du tissu. Embauché du personnel (nous sommes 9). Les deux premières années ont été une constante bataille. Mais en 2002, j’ai été invitée à exposer lors de l’élection de Miss India. En trois heures, tout s’est vendu. Après ça, il n’y a plus eu de retour en arrière. La création, c’est une démarche spirituelle pour moi. Tout part du tissu. Les couleurs me parlent. Le design vient plus tard. En cela, je fonctionne différemment d’autres designers qui inventent leur design d’abord et trouvent ensuite les artisans indiens qui le réaliseront. 

Mes principales difficultés ont été administratives ! Je suis une créatrice ! L’administratif, ce n’est vraiment pas mon fort ! Aussi, je travaille beaucoup avec des ONG. Au départ, je recevais du tissu, très en retard, avec de gros problèmes de qualité. Je me sentais obligée d’accepter, de payer quand même. Alors que je ne pourrais pas l’utiliser. Maintenant, j’ai appris à être plus ferme ! Je crois que pour réussir, il faut croire en ce qu’on fait. Il faut aimer ce qu’on fait. Et il faut tirer du plaisir de ce qu’on fait. Quand tout ça est réuni, on obtient une forme d’intégrité qui mène au succès.  Ce dont je suis la plus fière ? C’est d’avoir le respect des hommes et des femmes qui sont parmi les plus grands maîtres tisseurs indiens actuels. Je suis fière aussi, d’avoir modestement, par le bouche à oreille, trouvé ma place, créé mon nom durant ces sept années. J’habille des femmes comme Mira Nair (metteur en scène indienne, auteur notamment de Salaam Bombay), j’ai des artistes connues dans ma clientèle, sculpteurs, peintres, photographes, qui apprécient mon travail.  Au-delà des vêtements, ce que je voudrais maintenant, c’est, avec les tisseurs avec qui je travaille, développer de nouveaux tissus, des tissus différents. Et les promouvoir. Pas seulement en Inde, mais aussi en Europe. Promouvoir notre héritage. Et si c’était à refaire ? Je referais la même chose ! Mais plus tôt, je pense ! 

cyrilleauquebec |
Chemin Rêvant |
It'll all get better in time |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Voyage aux Etats Unis
| Un an au Japon: Une Science...
| Ma vie dans 30 kg