Pas mes oignons!

queueforimmersionphotossuchitin.jpgCent quatre vingt six mille cinq cent quatre vingt quinze Ganeshs.

J’ai eu envie de l’écrire en toutes lettres, c’est plus impressionnant comme ça. 186595 Ganeshs reposent donc sur les bancs de la mer d’Arabie, entre flaques d’huile et poissons asphyxiés, ou parfois au fond des étangs artificiels crées par le gouvernement dans l’espoir – vain – de préserver la qualité des eaux salées qui baignent nos rivages…

Si d’ailleurs on prend en compte toutes les idoles immergées dans l’état du Maharashtra, on dépasse le demi-million. Ça vous en bouche une branchie ?

A Paris, vous avez la rentrée parlementaire pour marquer le passage des saisons, et remplir un peu les journaux télé, ici, on a Ganesh Chaturthi. 11 jours de frénésie collective (les sites d’immersion sur les plages de Chowpatty ou de Juhu ne sont pas pour les agoraphobes, ni pour les sourds vu le volume des hauts-parleurs), de patience immémoriale (jusqu’à 48 heures de queue pour apercevoir 5 secondes Lalbaugcha Raja, l’idole la plus connue, la plus vénérée et certainement la plus riche de Bombay), 11 jours de restrictions alimentaires (régime strictement végétarien pour qui participe au festival), de douches impromptues (les pluies les plus battantes sont systématiquement tombées en déluge les soirs de processions), 11 jours de marche, de danse, de musique, 11 jours de consommation accrue de boules quies à mon domicile familial enfin.

                                       

Il faut dire que chez moi, je suis aux premières loges. Un peu élevées, certes. Mais j’habite juste en surplomb de Sane Guruji Margh, le long de l’axe principal qui mène à la plage de Chowpatty. Et sans faire la queue, j’ai apperçu Lalbaugcha Raja. Elle était aussi haute que la cime des arbres. Tu en as de la chance, me dit une amie  sur Facebook. Oui, le premier soir de la première année, quand je suis restée à la fenêtre le temps de compter 80 Ganeshs géants, j’en ai eu de la chance. Depuis, l’enthousiasme est nettement retombé.

Ganesh Chaturthi, c’est un vrai business. Pour les sculpteurs évidemment. Pour les tailleurs aussi, car faire confectionner un costume sur mesure à votre idole vous en coûtera de 2,000 à 4,000 roupies en géneral. Pour les marchands d’or et joailliers. Lalbaugcha Raja a ainsi récolté cette année 7 kilos d’or, dont un lingot de 1 kilo dévotement offert par un donateur anonyme (mon chauffeur – celui qui fait taxi aussi – m’informe que les donations les plus importantes sont souvent le fait de gangsters), c’est aussi un vrai business pour les politiciens, qui entretiennent leur image auprès des électeurs à grands renforts de banderoles, de mains jointes et de démonstrations de piété.

D’ailleurs, ces banderoles, associées aux nids-de-poule, rendent les parcours difficiles à négocier et cette année, c’est une idole de 6 mètres 70 qui a basculé, brisant en milles morceaux les voeux et espoirs des dévots du mandal de Tejukaya Ganesh. Expédiant aussi 2 personnes à l’hôpital. Du côté des victimes collatérales de cette ferveur populaire, il y a encore Nayan Gautani, un ouvrier qui ne marchera plus jamais après avoir été écrasé par l’idole de 4 mètres qu’il devait immerger. Ashok Kurkade, tué sur le coup par un toit effondré alors qu’il tentait d’apercevoir son idole. Deux noyés. Une année somme toute paisible et sans incidents majeurs, comme l’ont qualifiée les journaux.

Les voix s’élèvent pourtant, et les consciences écologiques se réveillent, alors que 10,000 écoliers de Bombay sont mobilisés au lendemain du festival pour nettoyer les plages et que les blogs indiens regorgent de photos de Ganesh régurgités par la mer au lendemain de l’immersion.

 

aftersriganeshavisarjanganeshaidoltreatedlike.jpg                 ganeshonthebeachdrarchana.jpg

 

Bollywood vient d’ailleurs de reprendre à son compte la ferveur et les controverses du festival avec Morya, un film entièrement tourné en Mahrati (la langue officielle de l’état du Maharashtra), dans lequel deux mandals se livrent à une compétition féroce à grands renforts de faux miracles, manipulations politiques et intimidations.

Image de prévisualisation YouTube

                         

onion777559ajpg777559fthehindu.jpgMais tout cela, ce n’est pas vraiment mes oignons. Oignons qui recommencent à faire des leurs. Le prix de cet ingrédient incontournable de la cuisine indienne attise les passions et agite la communauté politique et agricole. Pour éviter une redite de la flambée des prix de l’an passé, 40 roupies le kilo, imaginez un peu, le gouvernement a décidé d’interdir l’exportation des oignons. Et les prix chutent, pour la grande colère des grossistes et fermiers. Marchés fermés, routes bloquées, bennes d’oignons déversées sur les chaussées.

Quand les cuisinière pleurent, les fermiers rient. Et vice-versa.

 

 PS: Bombay Magic a désormais sa page Facebook, n’hésitez pas à l’y rejoindre

Photos trouvées sur les sites photos.suchit.in, greatganesha.com et du quotidien The Hindu

Auteur :Helene Lecuyer

Blogueuse schizophrène qui partage son temps entre l'Asie dans tous ses points cardinaux et les côtes françaises de la Manche, j'habite depuis 7 ans un appartement à Bombay avec 4 hommes dedans, beaucoup de corneilles sur le balcon - parfois un milan majestueux - et des trains en contrebas. Reine du CV "non linéaire", après Sciences-Po Paris, j'ai semé les expériences professionnelles et les enfants à Singapour, en Corée et maintenant en Inde. A Bombay, je blogue, je m'investis dans la vie associative, je "pige" (pour TerraFemina, InaGlobal, ElephantJournal ...) J'aime Bombay la tragi-comique, dans sa grandeur et sa laideur, attachante et révoltante, toujours étonnante et intrigante. Ce blog, c'est pour partager avec toi, lecteur que j'espère fidèle ou du moins régulier, "mon" Bombay, parce que les émotions qui naissent ici sont trop démesurées pour rester contenues à l'intérieur d'un seul corps.

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7 Réponses à “Pas mes oignons!”

  1. MHPA (@hammerandropov)
    14 septembre 2011 à 11:42 #

    Oh, Ganesh échoué, on dirait un cachalot malade sur les plages bretonnes (en ce qui concerne les côtes d’armor et son littéral envahie par les algues vertes, on dira plutôt des sangliers morts…)

  2. MHPA (@hammerandropov)
    14 septembre 2011 à 11:47 #

    Heu… tu intervertiras littéral et littoral et ça devrait être un peu plus compréhensible.

  3. 14 septembre 2011 à 12:00 #

    @MHPA: ne t’inquiète pas, je n’avais même pas remarqué. Le cerveau humain est puissant et rectifie tout à la lecture!!! Oui j’ai entendu parler des cochons bretons!

  4. Delhirant
    14 septembre 2011 à 20:40 #

    A Delhi ce sont les déesses à bras multiples Durga que les autorités ramassent à la pelleteuse sur les bords de la Yamuna les lendemains de puja… mais comme il n’y a plus de poisson, la vie aquatique n’en souffre pas…

  5. Veronique
    15 septembre 2011 à 1:51 #

    Bonjour,
    il est toujours aussi plaisant de lire votre blog ou l’on apprend des tonnes de choses sur la vie en Inde.
    Je trouve les photos superbes. C’est le depaysement total car ici, aux States, c’est un peu different (c’est le moins que l’on puisse dire):on a les parades (ils en font presque pour tout). C’est autre chose. La « saison » va d’ailleurs commence avec la fin de l’annee qui arrive! Mais bon rien de comparable avec Ganesh!!!

  6. M1
    15 septembre 2011 à 2:13 #

    C’est la GAYnesh Pride? : )

  7. Christine
    19 septembre 2011 à 17:51 #

    Hélène, je te propose de faire un échange l’année prochaine. Je te laisse la maison au bord de la mer à Chennai et je viens voir la liesse ganeshéenne à Bombay…

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